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L’inflation au Venezuela grimpe à 60 %

Par AFP/fa

Channel NewsAsia- 26 avril, 2014 

CARACAS: Le taux d’inflation du Venezuela a monté en flèche vers les 60 % après une augmentation en mars attribuée aux protestations violentes qui ont laissé au moins 41 morts, selon la Banque Centrale du Venezuela.

Une déclaration sur le site web de la BCV rapporte que le taux d’inflation au mois de mars a grimpé à 4,1 %, alors qu’il se situait à 2,4 % en février, en blâmant pour cette hausse les protestations déclenchées à cause de la criminalité galopante, l’inflation et les pénuries de biens de première nécessité.

« La violence de rue déchaînée a affecté les résultats normaux des forces productives, le commerce, la distribution et la vie économique générale du pays » selon la BCV, en décrivant ces actions comme faisant partie d’une « guerre économique ».

L’inflation s’élève maintenant à 59,3 %, contre 57,3 % en février, un record sur les 15 années depuis l’arrivée au pouvoir du défunt président Hugo Chavez, succédé l’année dernière par son héritier désigné Nicolas Maduro.

Le rapport de la banque centrale, dont la publication programmée au 10 avril a été retardée de deux semaines, indique que les aliments et les boissons ont connu leurs prix les plus hauts en mars, en augmentant de 6,1 % en comparaison au mois de février.

La banque a également diminué son chiffre de PIB à 1,3 %, au lieu des 6 % qui avaient été pronostiqués.

Pour le deuxième mois consécutif, la banque centrale a refusé de publier des chiffres sur le taux de rareté, qui sert à mesurer la pénurie de produits.

Le dernier chiffre disponible en janvier dernier pointait un taux de rareté de 28 %.

Source d’origine: AFFP/fa. « Venezuela surges toward 60% inflation »;. Channel NewsAsia. 26 avril, 2014. MediaCorp Pte Ltd. 2 mai,2014.

http://www.channelnewsasia.com/news/business/venezuela-surges-toward/1083646.html

Photo: AFP/Juan Barreto

Traduit par: #infoVnzla

@infoVnzl

Le Venezuela n’a plus assez de devises pour payer ses importations

Par Emili J. Blasco

ABC – 23 avril 2014

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Lorsque le président du Venezuela, Nicolás Maduro, a annoncé mardi une « nouvelle offensive économique », il a omis d’expliquer au pays deux grandes vérités : qu’il n’y a pas assez de devises pour payer toutes les importations, fait grave dans une économie aussi dépendante de celles-ci, et qu’avec la politique en cours il n’y a pas de moyen d’augmenter les réserves internationales, étant donné la réduction de la production de pétrole et de minerais, comme l’or.

Dans son dernier rapport hebdomadaire, à usage interne, le Gouvernement du Venezuela admet avoir un problème de volume de réserves internationales. Le 15 avril dernier, les réserves totales s’étaient réduites à 20.603 M$, ce qui implique un écroulement de 33% par rapport au volume enregistré au début 2013.

Durant l’année dernière, la chute a été prononcée et constante. Dans leur descente progressive, les réserves ont déjà franchi il y a dix mois le seuil du niveau optimal indiqué par les propres autorités économiques vénézuéliennes, qui est de 26.850 M$. Le niveau avait déjà été rabaissé précédemment à mesure que l’économie vénézuélienne se contractait. Telles sont les conclusions d’un rapport du Ministère de Planification datant de mercredi dernier, obtenu par ABC.

La situation acuelle

A partir de ce chiffre du Ministère, provenant de la Banque Centrale du Venezuela, plusieurs experts déduisent que les réserves liquides pourraient se situer autour de 600 M$. Il s’agit d’un volume critique pour un pays de la taille et la situation du Venezuela, qui compte une population de 31 millions d’habitants.

En croisant les données concernant les devises liquidées par la Commission d’Administration de Devises (Cadivi), depuis sa création en 2003, et les volumes des importations sur les 10 dernières années, apparaît un évident décalage.

D’un côté, en 2012 et 2013, années où la situation du pays a commencé à se dégrader, les liquidations de Cadivi ont été insuffisantes par rapport au coût des importations, ce qui a produit un déficit d’ensemble de 4.774 M$. Ceci se serait accentué entre janvier et mars 2014, puisque des sources en contact avec les autorités monétaires vénézuéliennes affirment que lors du premier trimestre de l’année seulement 1.200 M$ ont été liquidés (par Cadivi et son successeur Sicad), contre une moyenne trimestrielle de 12.847 M$ durant l’année dernière.

D’autre part, les années précédentes, Cadivi a liquidé bien plus de volume que celui requis par les importations effectuées, ce qui suppose une irrégularité notoire : entre 2003 et 2011, il y a eu une liquidation cumulée de 74.913 M$ dont la finalité est inconnue et qui pourraient bien avoir nourri des fortunes bâties sur la corruption.

Les réserves internationales

Le comportement des réserves internationales correspond à la baisse des revenus des exportations –essentiellement pétrolières-, qui en 2013 ont été de 88.962 M$, alors qu’en 2012 elles étaient de 97.340 M$. Ceci est cohérent avec la moindre production de pétrole, qui en février se situait à 2,87 millions de barils/jour, selon les chiffres de l’OPEP, que le gouvernement a repris en septembre dernier, après plusieurs années pendant lesquelles il a communiqué des chiffres nettement plus élevés. Malgré tout, ce niveau de production semble encore fictif, car les revenus obtenus correspondraient à une production de 2,3 millions de barils/jour, en proportion avec le prix officiel de 101,2 $/baril en 2013.

« Les chiffres maniés par le Ministère laissent à désirer, car lorsqu’on fait l’arithmétique de ce que consomme le marché intérieur, ce qui est vendu aux Etats-Unis, exporté à Petrocaribe et à Cuba et livré à la Chine, on arrive à un total de 2,3 millions de barils/jour », affirme l’expert pétrolier Antonio de la Cruz, directeur exécutif d’Inter American Trends. « Qu’il y ait 500.000 barils/jour additionnels de production, ce n’est pas la réalité », ajoute-t-il.

Il y a eu également des baisses importantes dans la production de minerais. Celle de l’or a chuté de 64,1% entre février 2013 et février 2014 (ce dernier mois ont été extraits à peine 97 kg d’or, contre 700 kg atteints durant quelques mois en 2010). Aussi remarquable a été la réduction de la production de fer, dont les ventes ont diminué de 49,8%. La vente de véhicules a baissé durant l’année dernière de 86,1%.

Selon le rapport du Ministère de Planification, en février de cette année l’inflation cumulée a été de 5,8% et celle annualisée s’est située à 57,3%. Il est surprenant que les données du mois de mars n’aient pas été inclues, ce qui pourrait refléter une situation de détérioration accrue. La pénurie de produits en février a été de 29,4% dans les réseaux de distribution officiels.

 

Source d’origine: Blasco, Emili J. “Venezuela se queda sin suficientes divisas para pagar las importaciones”. ABC.es. 23/04/2014. Diario ABC, S.L. 27/04/2014.

http://www.abc.es/internacional/20140423/abci-venezuela-divisas-importaciones-201404222046.html

Photo: Informe económico de Venezuela, en PDF

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L’Agonie du Venezuela : président faible, généraux forts, manifestations et cocaïne

Par Marcel Ventura

The Daily Best – 14 avril 2014

A peine une année après la mort du charismatique et problématique président Hugo Chávez, son successeur, Nicolás Maduro, se débat tandis que les militaires gagnent du terrain.

Dans l’obscurité du crépuscule d’une nuit de février dernier, le colonel Googlis Martín Caballero conduisait une Ford Explorer blanche dans la campagne vénézuélienne, près de la frontière colombienne. L’accompagnaient sa femme, sa fille et environ une demi tonne de cocaïne. Il était probablement sûr que personne n’allait lui poser de questions, lui qui était un haut gradé de la Garde nationale de son pays, mais tant de cocaïne n’est pas évident à cacher.

Lors d’un contrôle de routine, d’autres membres de la Garde nationale ont arrêté le colonel. L’histoire de son arrestation a généré de brefs titres dans les journaux nationaux pour faire remarquer qu’il y a des limites à ce que peut faire un militaire en toute impunité. Mais si c’est le cas, c’est l’exception qui confirme la règle. Sa capture a certainement été un manque de chance pour le colonel Caballero ; ça aurait pu être un autre officier en charge à ce moment-là, ou une simple confusion parmi les soldats pour savoir de qui il fallait suivre les ordres. Dans tous les cas, personne n’a jamais dit ce qu’il est advenu de la cocaïne.

En fait, le militaire vénézuélien – omniprésent mais très anonyme au moment de prendre des décisions derrières des portes fermées – est en train de devenir la force la plus puissante, dans un pays où le gouvernement civil de Nicolás Maduro continue de perdre son emprise. Que les forces militaires soient corrompues en tant qu’institution, ou qu’il y ait des militaires corrompus au milieu des autres, l’ascension des généraux pourrait présenter de nouveaux problèmes pour les Etats-Unis concernant des problèmes allant du trafic de cocaïne aux marchés du pétrole.

Et ce qui est sûr, au Venezuela, c’est que la militarisation est en train d’aider à détruire les vestiges fragiles de démocratie.

Le Venezuela est dans une situation désespérée. Le pays clotûre l’année avec 56% d’inflation et cette année commence avec une dévaluation massive de sa monnaie. Dans un pays qui est l’un des plus grands producteurs de pétrole du monde, la nourriture subventionnée qui est vitale pour les pauvres disparaît des étagères, avec seulement quatre objets sur dix que l’on peut trouver n’importe quand hors de Caracas. Les queues au supermarché sont longues et les attentes semblent interminables. Depuis février, les manifestations ont explosé de façon sporadique, avec 41 morts jusqu’à maintenant. Des leaders de l’opposition ont été jetés en prison. Le meurtre est pratiquement devenu un mode de vie. Le Venezuela a le deuxième taux d’homicide le plus haut du monde, après le Honduras, selon les dernières statistiques de l’ONU.

Plus d’un an a passé depuis la mort, après un long combat contre le cancer, du président Hugo Chávez. Il provient certes des rangs militaires, mais sa gouvernance de 14 ans était hautement personnelle et dépendait en grande partie de son charisme, particulièrement chez les pauvres. Quand Chávez se présentait aux élections, ses marges de victoire étaient écrasantes. Mais quand son successeur désigné, Maduro, s’est présenté il y a un an avec le même appareil politique, il a gagné avec un succinct avantage de 1,5%.

Là où la ferveur populaire finit, commence la force, et le président Maduro s’est énormément reposé sur la coercition. En juillet, pour chercher l’appui des forces armées, il a promu 200 généraux – record de tous les temps. Le journal local El Nacional a calculé que Maduro a assigné 368 postes dans les bureaux publics à des militaires, durant ses neuf premiers mois comme président. Les ministères du transport, de l’économie, des denrées alimentaires, de l’industrie, de l’énergie électrique, de la défense (bien sûr), et de « l’intérieur, de la justice et de la paix », sont désormais tous contrôlés par les militaires. Onze des 23 gouverneurs portent des uniformes et même le président de la compagnie aérienne nationale, Conviasa, est un brigadier général.

La faiblesse de Maduro n’est pas d’avoir utilisé la force, selon l’opposition… La chute de popularité de Maduro ne signifie que le triomphe de la militarisation.

La rhétorique martiale n’est pas très loin. Chávez est constamment commémoré comme « commandant suprême » avec des variations telles que « vivant pour toujours et commandant éternel ». L’avocate Cilia Flores, la première dame, est d’ailleurs appelée « Première combattante ». Les origines démocratiques de la révolution vénézuélienne sont forcées de coexister avec l’idée guerrière de menacer les ennemis extérieurs (comme les Etats-Unis), qui justifie les espèces de mesures exceptionnelles sur lesquelles s’est de plus en plus reposé le gouvernement de Maduro, depuis que les manifestations ont commencé.

Selon tous les sondages de confiance, Maduro perd continuellement en popularité et ses discours très militants qualifiant l’opposition de fascistes et de traitres n’aident pas beaucoup. Mais la faiblesse de Maduro n’est pas d’avoir utilisé la force, selon l’opposition. Elle a toujours eu des problèmes pour s’adresser au vieux populisme du chavisme et ont aussi été lents à adapter leur tactique au nouveau militarisme. Les barricades de rue disparaissent, mais ne voudront rien dire si les politiciens ne montrent pas plus d’habileté pour faire face à un gouvernement de moins en moins démocratique. Pour l’instant, la chute de popularité de Maduro ne signifie que le triomphe de la militarisation.

Les fondations ont certainement bien été posées. Elles datent de 1992, quand le jeune lieutenant colonel Hugo Chávez a mené un coup d’état au nom du salut national, qui a échoué. Plus tard dans la décénie, lui et ses alliés, officiellement exclus du service, montent une campagne d’aile gauche populiste alliée qui les a propulsés au pouvoir en 1999. Une fois président, Chávez a installé 1.200 soldats dans les bureaux publics. Puis, en 2007, il a créé les Milices bolivariennes, où environ 800.000 civils reçoivent une formation militaire, et dans beaucoup de cas, des armes. La rhétorique officielle insinue que tous les Vénézuéliens sont des soldats potentiels dans ce qui est acclamé comme l’« union civico-militaire », un motto répété lors de toutes les récentes allocutions gouvernementales.

Dans la pratique, les hommes en uniforme sont devenus une présence constante dans les marchés et les supermarchés, où les gens passent trois, parfois même six heures à essayer d’obtenir des produits subventionnés, comme le lait ou la farine de maïs. Toute la chaîne de distribution est supervisée par les militaires à travers des organisations qui décident où la nourriture va et où elle ne va pas.

Le Venezuela est premier en Amérique du Sud et treizième dans le monde au rang d’acheteur d’armes, mais cela ne se traduit paspar de la sécurité : le nombre de morts violentes au Venezuela est 450% plus grande aujourd’hui que quand Chávez a pris le pouvoir. La réponse de Maduro était la mise en place d’un Plan de Patrie Sûre : remplir les rues de 21.000 soldats. Mais les résultats sont loin d’être positifs. Lors du premier trimestre de cette année, le taux d’homicide était aussi haut que celui de l’année dernière à la même periode, quand le Venezuela avait une moyenne de 79 personnes assassinées pour 100.000 habitants, selon l’ONG Venezuelan Violence Observatory, ou 53,7 selon l’ONU (le Mexique, avec toutes les violences liées à la drogue, a un taux de 21,5 ; les Etats-Unis ont un taux de 4,7).

Aucune de ces agitations politiques n’est de bon augure pour les relations entre Caracas et Washington, qui étaient électriques sous Chávez et ont empiré sous Maduro. Il ne s’agit plus seulement de la démagogie yanqui-go-home ou de la camaraderie avec Cuba et les Russes qui créent problème : c’est l’implication de longue date de beaucoup d’officiers militaires vénézuéliens dans le trafic massif de drogue. Et, de nouveau, Chávez a aidé à ce que le problème empire. Il a supprimé la coopération avec la brigade des stupéfiants américaine (DEA) en 2005, et malgré des plaintes du Venezuela qui augmente en fait ses activités anti-drogues après ça, les événements de cette première année de présidence de Nicolás Maduro laissent imaginer à quel point la situation est mauvaise.

Le colonel qui possédait une demi tonne de cocaïne dans sa voiture n’était qu’un exemple. En août, le Fisc américain a ajouté un ancien capitaine de l’armée vénézuélienne, Vassyly Kotosky Villarroel, dans sa liste des gros bonnets de la drogue. En septembre dernier, trois officiers de la Garde nationale vénézuélienne ont été arrêtés au pays pour leur rôle présumé dans l’envoi de 1,3 tonnes de cocaïne à bord d’un vol Air France pour Paris. Maduro, comme d’habitude, a clamé qu’il s’est certainement agit d’un coup monté par les Américains.

Tandis que Maduro se débat, de nouvelles voix émergent comme étant les nouveaux porteurs du chavisme. Le ministre de l’intérieur, le général Miguel Rodríguez Torres, a des racines révolutionnaires de 1992, quand Chávez l’avait assigné à la prise de la résidence présidentielle. Ce plan avait failli, mais Rodríguez Torres était devenu un homme de confiance auxyeux de Chávez. Il dirige maintenant le Plan de la Patrie Sûre et la répression des récentes manifestations. Il a pris les rennes du pouvoir à cette occasion.

Maduro va certainement rester dans son bureau pendant un moment. Il n’y a aucune élection cette année, alors pour l’instant, le gouvernement n’a pas besoin d’agrandir sa base populaire. L’armée pourrait être contente de laisser le président civil sous les feux de tous les problèmes du pays pendant qu’elle continue avec ses affaires. Tout ce dont elle a besoin, c’est de la cohésion au sommet – de l’«union civico-militaire», si vous voulez – pour être sûr, par exemple, que quand un colonel qui est en train de conduire une Ford Explorer blanche est arrêté à un contrôle, personne ne regarde attentivement ce qu’il y a dans la voiture.

 

Source d’origine: Ventura, Marcel. Venezuela’s Agony: “Weak President, Strong Generals, Riots and Cocaine”. The Daily Beast. 04.14.14 The Daily Beast Company LLC. 04.25.14

http://www.thedailybeast.com/articles/2014/04/14/venezuela-s-agony-weak-president-strong-generals-riots-and-cocaine.html

Photo: Tomas Bravo/Reuters

Traduit par: #infoVnzla

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La justice vénézuélienne figure parmi les plus soumises du continent Américain

Par Francisco Peregil

El País – Avril 7, 2014.

Le gouvernement vénézuélien peut se targuer de l’honneur douteux de ne pas avoir eu des décisions à son encontre de la part de la Cour Suprême de Justice depuis que le gouvernement d’Hugo Chávez (1998-2013) a reformé en 2004 la loi organique de ce tribunal et a nommé des nouveaux magistrats. Vu sa trajectoire de ces neuf dernières années, les options qui s’offrent au dirigeant de l’opposition Leopoldo López –emprisonné depuis 47 jours pour une présumée incitation à la violence- de trouver un secours auprès de la Cour Suprême sont bien maigres. Selon l’ONG Human Rights Watch ce manque d’indépendance du pouvoir judiciaire n’a de comparaison qu’avec celles du Honduras, le Nicaragua et l’Equateur.

La plupart des Cours Suprêmes de l’Amérique Latine ont été confrontées un jour ou l’autre aux politiques de leurs gouvernements. L’équilibre des pouvoirs, si sain en démocratie, a été maintenu d’une manière bien visible dans la plupart des pays de la région. En Argentine, par exemple, la Cour Suprême a donné son veto l’année dernière à la reforme judiciaire que promouvait le gouvernement de Cristina Fernandez. Au Brésil, la Cour Suprême a condamné une partie du sommet du Parti des Travailleurs (parti au pouvoir), dans l’affaire des pots-de-vin connue comme mensalão. En ce moment, sept hauts responsables purgent des peines de prison ferme. Au Mexique, la Cour Suprême a déclaré inconstitutionnelle en 2007 la surnommée Loi Televisa en considérant qu’elle encourageait les pratiques monopolistiques.

En Uruguay, la Cour Suprême a annulé l’année dernière la loi qui empêchait l’impunité pour les répresseurs de la dictature, un grand coup porté à la gauche uruguayenne et au gouvernement de José Mujica. En Colombie, la Cour Constitutionnelle a donné son veto en février 2010 à la possibilité qu’Alvaro Uribe puisse briguer un troisième mandat. Au Chili, la Cour Suprême a adopté le recours d’organisations écologistes et paralysé en 2012 le projet hydroélectrique de Puerto Aysen, impulsé par le gouvernement. Et en 2008 la Cour Constitutionnelle a interdit la vente de la pilule du lendemain qu’avait approuvé le gouvernement de Michelle Bachelet. En Bolivie la Cour Constitutionnelle a déclaré l’année dernière partiellement inconstitutionnelle la loi d’Autonomie, par laquelle le gouvernement d’Evo Morales s’était débarrassé de plusieurs maires et gouverneurs de l’opposition. Au Costa Rica, la Chambre Constitutionnelle a fait tomber en 2012 le projet tributaire vedette du gouvernement de Laura Chinchilla. Les exemples sont divers et nombreux.

Au Venezuela, cependant, la situation est différente de celle vécue dans la plupart des pays de la région. Le directeur pour l’Amérique de l’ONG Human Rights Watch, José Miguel Vivanco, considère que la Cour Suprême de Justice (CSJ) du Venezuela est devenue un « appendice de l’Exécutif » et est « l’un des plus grossiers exemples de manque d’indépendance judiciaire de la région ». « Le gouvernement de Chávez, à partir de 2004, a manipulé la composition de la plus haute Cour, la remplissant de ses inconditionnels. Le résultat a été une justice partisane dédiée à légitimer des pratiques abusives, comme elle le fait actuellement avec l’arrestation de maires de l’opposition », souligne Vivanco.

Le représentant de HRW pointe, en plus, sur la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouvent la plupart des juges : « la CSJ a le pouvoir de nommer et destituer des juges inférieurs provisoires, qui sont aujourd’hui majoritaires dans le pays, ce qui nous met devant un système pervers dans lequel cette Cour partisane peut destituer via un télégramme pratiquement n’importe quel juge, y compris la juge chargée de l’affaire de Leopoldo López ».

Vivanco pense que l’exemple « le plus net » du manque d’indépendance judiciaire au Venezuela a été l’arrestation de la juge Maria Lourdes Afiuni, en décembre 2009. « Cela a eu un profond impact chez les juges de cours inférieures. Depuis la prise d’assaut politique de la CSJ en 2004, les juges se montrent prudents à l’heure de prononcer des décisions susceptibles de déplaire au gouvernement. Néanmoins, si bien avant ils craignaient de perdre leurs emplois, aujourd’hui ils craignent, en plus, d’être jugés pour avoir respecté la loi. Personne ne veut être renvoyé ou aller en prison ».

Le juriste vénézuélien Pedro Nikken soutient que la « soumission de l’indépendance » de la Cour Suprême a été confirmée lors du discours d’ouverture de l’Année Judiciaire, le 5 février 2011, prononcé par le magistrat Fernando Vegas Torrealba. Dans ce discours, Vegas a affirmé : « Le pouvoir judiciaire vénézuelien a le devoir de contribuer à l’efficace exécution, à son niveau de compétence, de la politique d’Etat menée par le gouvernement national » dans le sens de « développer une action délibérée et planifiée pour assurer la conduite d’un socialisme bolivarien et démocratique (…) Cette CSJ et le reste des tribunaux doivent appliquer sévèrement les lois afin de sanctionner les conduites ou reconduire les causes allant à l’encontre de la construction du Socialisme Bolivarien ».

Nikken, de même que HRW, considère que le grand moment d’infléchissement s’est produit lors de l’arrestation de la juge Afiuni. « Cela a provoqué un effet dévastateur sur la magistrature », signale-t-il. Le Nicaragua est un autre pays où le président peut dormir tranquille avec la conviction que la Cour Suprême ne lui réserve pas de mauvaises surprises. En 2011, la Chambre Constitutionnelle a déclaré inapplicable l’article 47 de la Constitution qui interdisait un troisième mandat présidentiel. Daniel Ortega a réformé la Constitution et en janvier l’Assemblée a approuvé la possibilité de réélection indéfinie.

En Equateur, le président Rafael Correa a impulsé une réforme judiciaire en 2011 qui a été validée par référendum populaire. Depuis lors, ni la Cour Nationale de Justice ni la Cour Constitutionnelle ne se sont prononcées contre aucune mesure de Correa. En 2013 ont été destitués 165 juges, 214 ont été sanctionnés, 60 suspendus et 17 ont dû payer des amendes au Conseil de la Magistrature, composé majoritairement par des anciens fonctionnaires du gouvernement. Ramiro Aguilar, avocat et membre indépendant de l’Assemblée signale : « Les juges actuels sont des militants du parti du gouvernement. Si quelqu’un veut se démarquer, le Conseil de la Magistrature le destitue ».

José Miguel Vivanco pense que le gouvernement équatorien a utilisé le pouvoir judiciaire pour « bâillonner » les medias indépendants. Et pour cela un facteur clé a été le fait que le Conseil de la Magistrature soit « composé exclusivement par des ex-fonctionnaires de Correa».

Au Honduras, la journaliste Thelma Mejia se souvient qu’après le coup d’Etat de 2009, quatre des cinq magistrats composant la Chambre Constitutionnelle ont été destitués pour avoir émis deux décisions contre les intérêts du Pouvoir Exécutif. Lors d’un sondage en 2013, la Cour Suprême ressortait comme l’une des institutions les plus mal notées.

 

Source d’origine: PEREGIL, Francisco.” La justice vénézuélienne figure parmi les plus soumises du continent Américain”. El País. 07/04/2014. . 14/04/2014.

http://internacional.elpais.com/internacional/2014/04/06/actualidad/1396814524_501463.html

Photo: C. G. RAWLINS (REUTERS)

Traduit par: #infoVnzla

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Les relations démesurées

Par Cristina Marcano

El País – Marzo, 30, 2014

  • Tout a commencé avec 29 agents qui sont arrivés en 1997 pour aider Hugo Chávez
  • Maintenant, des milliers de Cubains travaillent et contrôlent l’Administration publique vénézuélienne

Quand le docteur Janoi Gonzalez a atterri à l’aéroport international Simon Bolivar du Venezuela, il s’est senti comme s’il n’était jamais sorti de Cuba. « Il n’y avait pas un seul vénézuélien, la structure était dirigée par des Cubains », affirme-t-il en parlant d’une partie de la zone qui est sous contrôle militaire comme Rampa 4, d’utilisation exclusivement officielle. L’expert en radiodiagnostic, originaire de Pinard el Rio, est entré au pays un midi de décembre 2012 sans que ses documents aient été vérifiés par quelque autorité vénézuélienne que ce soit. « Ils ne contrôlent pas la migration. Certains fonctionnaires cubains te disent quelques mots de bienvenue, vive Chávez et la révolution, et te tamponnent le passeport. » Ce tampon dit : « Valide seulement pour Cuba et le Venezuela ».

Janoi Gonzalez est un des milliers de coopérateurs envoyés par La Havane au Venezuela, et comme beaucoup d’entre eux, il s’est vu soumis à de très mauvaises conditions de travail et à une vigilance plus étroite encore que celle qu’il subit dans son pays natal. « On est très mal payé : 1.200 bolivars [correspondant alors à 200 euros selon le change officiel et 50 au marché noir]. » Il manquait de liberté de mouvements et vivait agglutiné : au début, il avait dû partager une chambre de 20 mètres carrés d’un motel de Guanare avec six personnes – « 17 dans 5 chambres, et avec une seule salle de bain », détaille-t-il par téléphone depuis les États-Unis, où il s’est échappé en 2013.

Les Cubains contrôlent les registres. Ils savent quelles propriétés ont les Vénézuéliens, ainsi que leurs transactions.

Si on observe avec attention la carte de l’Amérique, Cuba ressemble à une petite langue, un lambeau de terre qui semble flotter à la dérive. C’est loin d’être le cas. Ancrée dans une vieille dictature communiste, l’île a su où trouver des dollars pour rester à flot. Lors des 15 dernières années, cette langue de 108.000 kilomètres carrés, avec l’une des économies les plus en retard, a su se rassasier au Venezuela, un pays neuf fois plus grand, trois fois plus peuplé et avec d’énormes ressources ; parmi elles, les plus grandes réserves de pétrole du monde.

La Havane reçoit quotidiennement de Caracas plus de 100.000 barils de pétrole aux meilleures conditions, qu’elle paie avec des travailleurs du domaine de la santé. En plus, elle obtient des investissements directs, des crédits donnés, des subventions et des contrats millionnaires comme intermédiaire d’importations vénézuéliennes d’aliments, de biens et d’équipements pour d’autres pays.

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PHOTO 2. Un médecin cubain, coopérant avec le programme Masion Barrio Adentro, cherche la maison d’un patient. / PIET DEN BLANKEN

Ce n’est pas tout. Dans ce cas, la logique de l’histoire selon laquelle les pays les plus puissants influencent politiquement leurs voisins les plus pauvres s’est noyée dans les Caraïbes. Mis à part une aide estimée à 8.700 millions d’euros annuels, Cuba a un pouvoir sans précédents sur le gouvernement de la plus grande puissance pétrolière d’Amérique du Sud. C’est une autre exception, et qui n’a pas été imposée. Les Cubains n’ont pas eu à tirer la moindre balle. Depuis la fin des années 1990, ils ont commencé à traverser les 1.450 kilomètres qui les séparent du Venezuela sous l’invitation du président Hugo Chavez, qui a mis sa sécurité, sa santé et plus encore entre les mains de ses camarades antillais.

Des milliers de Cubains travaillent aujourd’hui à l’Administration publique vénézuélienne. À la présidence, dans les ministères et dans les entreprises publiques. Comme bureaucrates, médecins, infirmières, odontologues, scientifiques, professeurs, informaticiens, analystes, techniciens agricoles, électriciens, ouvriers et coopérateurs culturels. Mais également dans la sécurité, dans les services secrets et même dans les Forces armées.

La plupart sont en plus des miliciens. « Nous avons au Venezuela plus de 30.000 cederristas cubains sur les 8,6 millions de membres qu’a notre organisation », révèle en 2007 Juan José Rabilero, alors chef des Comités de Défense de la Révolution (CDR) cubains, dans un acte public dans l’État de Táchira, à l’ouest du Venezuela. Rien ne laisse à penser que ce chiffre ait diminué. Environ 70% de la population cubaine fait partie de ce système de vigilance et délation.

Les Cubains contrôlent le système d’identification des Vénézuéliens, leurs cartes d’identité et passeports ; leurs registres mercantiles et leur notariat public. Ils savent quelles propriétés ils ont, ainsi que les transactions qu’ils font. Ils codirigent leurs ports et sont présents dans les aéroports et les points de contrôles migratoires, où ils agissent selon leur bon vouloir. La société cubaine Albet, S. A., de l’Université des Sciences Informatiques (UCI), qui contrôle les systèmes du Service Administratif d’Identification, Migration et d’Extranéité (SAIME), a tant de pouvoir qu’elle ne permet pas l’accès des Vénézuéliens au dernier étage du siège central du service à Caracas. Les systèmes informatiques de la présidence, des ministères, des programmes sociaux, des services policiers et de la société pétrolière de l’État, PDVSA, sont également cubains, au travers de l’entreprise mixte Guardian del Alba.

Selon les derniers chiffres officiels, en 2012 il y avait 44.804 coopérateurs. Le général à la retraite Rivera croit qu’ils sont en fait 100.000

La vente de ces services, de qualité discutable et dont les sites Web sont d’une esthétique castriste, sont l’œuvre de Ramiro Valdés, vice-président en second du Conseil d’État cubain, considéré comme l’homme le plus proche de Caracas, après Fidel et Raul Castro, et le principal conseiller en tactique de répression politique, selon certaines sources.

Bien que les Cubains n’entrent en contact avec la population locale qu’à des fins strictement nécessaires à cause du règlement disciplinaire qui sanctionne les « relations démesurées avec des nationaux », leur présence se sent. « Il se produit le paradoxe que ces Cubains dépendant économiquement de nous et cependant, ils ont une influence politique sur nous très forte », fait remarquer l’historienne Margarita López Maya, qui a sympathisé avec le projet chaviste les premières années avant de s’en éloigner et en critique sa dérive autoritaire.

Les Cubains savent presque tout des Vénézuéliens, mais ces derniers ne savent en réalité pas combien de Cubains travaillent dans leur pays, combien ils sont payés pour leurs services, ni les termes des accords d’importation de leurs services, maintenus secrets par le gouvernement vénézuélien.

Selon les chiffres officiels de mi-2012, il y avait au Venezuela un total de 44.804 coopérateurs dans ce qu’on appelle des missions sociales : 31.700 dans la santé (11.000 médecins, 4.931 infirmiers, 2.713 odontologues, 1.245 optométristes et 11.544 non-spécifiés), 6.225 en sport, 1.905 en culture, 735 en activités agricoles, 486 en éducation et 54 en soutien aux handicapés. Cependant, on suppose qu’on pourrait doubler cette quantité. Il n’y a pas de données officielles sur ceux qui travaillent dans le secteur de l’électricité, de la construction, de l’informatique, du conseil en sécurité au gouvernement, et autres.

« Les médecins cubains sont envoyés en tant qu’esclaves modernes », dit l’ONG Solidaridad Sin Fronteras.

Le général à la retraire Antonio Rivero, ex-collaborateur de Chavez, assure qu’actuellement au pays il y a plus de 100.000 Cubains, parmi lesquels 3.700 fonctionnaires de ses services secrets, le G2. « Rien qu’en sécurité et en défense, nous estimons qu’il peut y avoir environ 5.600 personnes. » Il affirme qu’il y a des Cubains dans les bases militaires les plus importantes du pays. « Dans les Forces armées, il y a environ 500 militaires actifs cubains qui remplissent des fonctions de conseil dans des domaines stratégiques : intelligence, armement, communications et ingénierie militaire. Dans le domaine opératif et dans le bureau du ministre de la Défense également, car il compte un conseiller cubain permanant avec le grade de général. »

Selon l’officiel, qui a travaillé comme chef des télécommunications de la présidence et a été directeur national de la Protection Civile, la présence de La Havane remonte à 1997, quand 29 agents cubains sous couverture se sont établis à Margarita et ont aidé Chavez en 1998 avec des tâches de services secrets, de sécurité et d’informatique lors de la campagne électorale.

Rivero a démissionné en 2010 et a dénoncé au Ministère de l’Intérieur et à l’Assemblée Nationale l’ingérence de Cuba dans les Forces armées avec des documents, des enregistrements et pratiquement une centaine de photographies. Il a été par la suite accusé d’outrage à l’Armée et de « révéler des informations privées ou secrètes en degré de continuité ». Il est actuellement en liberté conditionnelle.

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PHOTO 3. Décoration du bureau d’un médecin cubain. / AFP

« Les militaires cubains commencent à arriver après 2007. Leur conseil inclut un domaine éducatif, d’ingénierie militaire en construction de fortifications et dans la doctrine, où le concept de guerre mis en place change pour celui de guerre asymétrique, qui consiste à impliquer la population civile dans un système de défense », explique le général.

Face à ces dénonciations, Chávez a admis une coopération moindre avec l’Armée. « [Les Cubains] nous ont dit comment stocker les boussoles, comment réparer les radios des tanks et comment ont doit stocker les munitions. »

En 2013, l’opposition a obtenu et divulgué un enregistrement dans lequel le conducteur d’un programme de télévision sur la chaîne principale de l’État, Mario Silva, confirmait la présence d’Antillais dans les casernes. On y entendait : « Hier nous avons eu une réunion d’intelligence avec deux camarades cubains, deux officiers cubains, à Fuerte Tiuna. », disait Silva à l’agent cubain Aramís Palacios. Rivero affirme que dans le pays, sont passés et continuent de passer des militaires cubains de haute hiérarchie comme le général Leonardo Andollo Valdés, chef de l’État major en second de Cuba.  « C’est lui qui est chargé de tout le travail militaire que font les Cubains dans le pays, dans les domaines de la sécurité et la défense », dit-il. Andollo et d’autres officiers du Groupe de Coordination et Lien des Forces Armées Révolutionnaires de Cuba au Venezuela (Gruce) ont été photographiés dans des garnisons militaires du pays tandis que des officiers vénézuéliens partageaient avec eux des informations stratégiques.

« Chávez a toujours cherché à mettre notre Force Armée Nationale (FAN) au niveau de la cubaine. C’était vital pour consolider son projet socialiste », soutient Rivero. Un fonctionnaire de la Direction Générale de Contre-intelligence Militaire (DGCIM), qui n’a pas souhaité être identifié, a indiqué que ses pas étaient suivis de près par des agents de La Havane.

Le Venezuela est l’associé principal de l’île, loin devant la Chine, le Canada et l’Espagne. « L’économie cubaine a crû aux dépends de la vénézuélienne pendant la crise financière globale. Cuba reçoit des crédits du Venezuela à des taux de 1% tandis qu’en moyenne le Venezuela s’endette avec le reste du monde avec un taux de 12% annuels. Nous sommes en train de parler d’une économie qui obtient en soutien un total de 8.700 millions d’euros par an, 726 millions d’euros par mois », signale l’économiste vénézuélien Ángel García Banchs.

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PHOTO 4. Les drapeaux de Cuba et du Venezuela au centre balnéaire vénézuélien de Camurí Chico en 2011. / HAROLD ESCALONA (EFE)

Rien que dans le domaine pétrolier, ajoute-t-il, « l’aide est de l’ordre de 3.600 millions d’euros annuels, à raison de plus de 100.000 barils par jour. »

Il s’agit d’un vieux rêve caressé par Fidel Castro depuis les années soixante, quand il a donné de l’argent et des hommes et entraîné la guérilla vénézuélienne. Maintenant, comme avant avec l’Union Soviétique, Cuba a trouvé dans le seul état pétrolier d’Amérique Latine sa poule aux œufs d’or.

En échange, on ne connaît pas les bénéfices économiques que le Venezuela obtient de son alliance avec l’île, qui paie la facture pétrolière avec des services professionnels et techniques surestimés. Cuba exporte ses travailleurs à un prix très supérieur à celui qu’on les paye, dans une modalité efficace d’exploitation du travail et de pénétration idéologique.

En 2010, le Venezuela a payé 3.950 millions d’euros en services professionnels, selon un rapport de l’économiste cubain Carmelo Mesa-Largo, professeur de l’Université de Pittsburg, soit « une moyenne de presque 100.000 euros annuels par professionnel, 27 fois le salaire moyen d’un médecin vénézuélien ». C’est-à-dire 8.225 euros mensuels par coopérateur.

En 2011, le Venezuela a payé encore plus : 9.745 euros mensuels pour chaque coopérateur dans la santé, selon l’Accord de Compensation de Dettes souscrit entre la société pétrolière de l’État PDVSA et la Banque Nationale de Cuba. Le document précise que la facture de la Mission Médicale Cubaine pour les services prêtés lors du dernier trimestre de cette année s’est élevée à plus de 925 millions d’euros. Mais seule une infime partie arrive dans les poches des travailleurs envoyés par le gouvernement cubain. Selon Solidaridad Sin Fronteras (Solidarité Sans Frontières), une ONG de Miami qui lors des 18 derniers mois a assisté plus de 3.000 coopérateurs qui ont fui de ce pays sud-américain, chaque médecin reçoit environ 180 euros mensuels.

Cuba reçoit pour chaque coopérateur qu’il envoie plus de 8.000 euros par mois. Le travailleur n’en touche que 200.

Le coopérateur d’une des missions à Caracas, qui demande l’anonymat pour éviter des représailles, assure qu’actuellement, le gouvernement vénézuélien lui donne une rétribution de 3.000 bolivars par mois (environ 180 euros au taux officiel et 26 au marché noir) et le gouvernement cubain dépose sur son compte cubain 225 pesos cubains convertibles (CUC), équivalents à 225 dollars (163 euros). La marge de bénéfice pour le gouvernement des Castro dans cet envoi de travailleurs en fait une affaire rondement menée et est considéré par Mesa Lago comme une « aide sous couverture ». Dans le cas des techniciens de santé, que Cuba paye 125 CUC (90 euros) par mois, la marge de bénéfice est encore plus grande.

« Les médecins cubains sont envoyés par le régime de La Havane à d’autres pays sous forme d’esclavage moderne, sont soumis à de nombreuses heures de travail et leur paye est pratiquement une misère tandis que la dictature cubaine reçoit des milliers de dollars pour chaque professionnel », assure Julio César Alfonso, de l’ONG Solidarité Sans Frontières.

Les fonctionnaires qui dirigent les coopérateurs au Venezuela sont de haut niveau. Le chef du Bureau des Missions Socialistes Cubaines au Venezuela, Víctor Gaute López, occupe le 16ème poste au Comité Central du Parti Communiste cubain, composé de 188 membres. L’ambassadeur cubain au Venezuela, Rogelio Díaz Polanco, est le dernier de cette liste.

La Havane vend aussi de l’éducation. Selon les sources officielles, ils ont formé 14.000 médecins vénézuéliens et en forment actuellement 19.000 autres. Bien qu’il s’agisse d’une relation économique inégale, le gouvernement vénézuélien se comporte comme s’il avait une dette envers Cuba. Comme le dit Janoi González, « qui paye commande, sauf au Venezuela ». Le chavisme n’a jamais eu la prétention d’obtenir des bénéfices commerciaux, mais politiques. Et sur ce terrain, jusqu’à maintenant, les Castro ont bien servi ces desseins consistant à maintenir un pouvoir hégémonique et à bloquer l’opposition.

Chávez lui-même a admis que sans Fidel et son idée de lancer les premières missions socialistes, qui ont remis à flot sa popularité, il aurait perdu le plébiscite de 2004 qui l’a maintenu au pouvoir.

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PHOTO 5. Les ex-présidents Fidel Castro et Hugo Chávez en 2001 dans un canoë à l’est du Venezuela. / EGILDA GÓMEZ (AP)

L’historienne López Maya avertit à propos de l’insolite situation de dépendance : « Sans l’aide des gouvernements vénézuéliens, l’économie cubaine se serait probablement effondrée, et pourtant il existe une situation de subordination aux politiques cubaines pour leur expertise du système socialiste, pour l’admiration qu’ils lui profèrent et pour le manque de confiance de ce gouvernement à ses professionnels et à ses cadres préparés pour l’exercice du pouvoir ». Aucun autre pays n’avait eu tant de pouvoir au Venezuela depuis l’époque des colonies. Même les Etats-Unis, à l’époque de leur plus grande ingérence dans la région, n’en ont jamais eu autant, malgré qu’ils aient eu un bureau militaire dans Fuerte Tiuna jusqu’en 2002.

López Maya se rappelle de l’influence des sociétés pétrolières transnationales dans les premières décennies du XXème siècle, ainsi que celle du secteur militaire nord-américain sur toutes les armées d’Amérique Latine, incluant celle du Venezuela, pendant la guerre froide. Mais à cette époque « il y avait une subordination économique et maintenant avec Cuba, il y a une subordination en terme de socialisme », dit-elle.

Pour le moment, la dépendance est garantie. Le Président Nicolás Maduro, fidèle admirateur des Castro depuis son passage à l’École de Formation Politique de La Havane au milieu des années 1980, semble avoir plus besoin d’eux encore que Chávez pour s’assurer le contrôle politique des siens et de toute la société vénézuélienne. À n’importe quel prix.

 

Source d’origine : Marcano, Cristina.”Las relaciones desmedidas”. El País. 30 mars 2014. 2 avril 2014.

http://internacional.elpais.com/internacional/2014/03/28/actualidad/1396026665_272257.html

Photo: Une femme au visage peint du drapeau cubain face à l’ambassade de Cuba au Venezuela. / JUAN BARRETO (AFP)

Traduit par: #infoVnzla

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Le militaire ne la regarde pas dans les yeux

Par Tamoa Calzadilla

Letras Libres – Mars 31, 2014

En T-shirt blanc et drapeau tricolore au cou, est apparue la députée María Corina Machado. Elle était accueillie par des centaines de sympathisants, mercredi 26 mars dernier à Caracas, après son périple à Washington et Lima. L’image est devenue virale tout de suite sur les réseaux sociaux. Au même moment, sur les écrans de toutes les chaînes  du système national des médias publics et aussi sur les chaînes privées, l’image du président de l’Assemblée Nationale et capitaine de l’armée en activité, Diosdado Cabello, apparaissait encore et encore, annonçant la destitution de Machado de sa charge d’élue. L’Etat, devenu parti de gouvernement, fait des siennes : il signale, menace, destitue, offense et choisit que seule cette version soit entendue. Celle qui argumente qu’elle a pratiquement démissionné ou s’est « renvoyée elle-même » en « acceptant un poste » à l’Organisation des Etats américains (OEA).

« Madame Machado ne pourra plus entrer à l’Assemblée Nationale car elle n’est plus députée, ni aux bureaux parlementaires et ne percevra plus de salaire de député (…) elle a perdu l’immunité parlementaire et peut être arrêtée à tout moment sans préavis à quiconque pour trahison à la Patrie », a dit le militaire de vive voix.

Mais celle de Machado se fait entendre aussi, et fortement. Elle est en contraste avec son image de « collégienne » si critiquée. Car bien qu’elle ne se laisse pas intimider par les coups de poing (littéralement, on lui a cassé la cloison nasale à l’intérieur de l’hémicycle parlementaire), elle sait choisir les espaces où donner de la voix. Cette fois-ci elle a cherché l’OEA et a profité de l’alliance proposée par le Panama d’utiliser son droit de parole et pouvoir ainsi formuler les demandes de l’opposition vénézuélienne, de plus en plus réduite au silence à l’intérieur du pays. A propos, la pratique d’un ambassadeur laissant sa place à un autre lors de ces réunions a plus d’un antécédent important, notamment lorsque, après le coup d’Etat au Honduras contre le président Manuel Zelaya (2009), le Venezuela a cédé sa place au chancelier de ce pays, Patricia Rodas.

Monstre à cinq têtes

Au milieu d’une chaudière politique de polarisation, le Gouvernement –entre deux insultes et disqualifications à ses critiques– appelle à un dialogue qui semble bien compromis. Entre temps, il renforce la répression. Non seulement celle dans les rues -avec blindés, plombs de chasse, arrestations illégales, torture, fureur policière et utilisation abusive de bombes lacrymogènes achetées au Brésil- mais aussi celle qu’il exécute avec le système judiciaire afin de punir la contestation, qu’il criminalise en faisant fi des normes.

Au Venezuela, la tumeur antidémocratique n’est pas localisée dans le cas de María Corina ; il s’agit d’une métastase vorace qui a avalé les pouvoirs publics, et les a fusionnés en un seul, aux mains du chavisme (Partido Socialista Unido de Venezuela- PSUV). Lors de ces 15 dernières années, le mouvement mené par le défunt président Hugo Chávez a transformé l’Etat. Premièrement, il a établi une nouvelle Constitution dans laquelle les 3 pouvoirs publics sont devenus 5 : aux pouvoirs Exécutif, Législatif et Judiciaire on a ajouté les pouvoirs Citoyen et Electoral. Mais dans la pratique ce n’est plus qu’un monstre à cinq têtes qui ne répond qu’à un seul cerveau : le parti du gouvernement.

Cabello, le député, en s’essayant au rôle de juge, a pris les articles 149 et 191 de la Constitution et décidé d’un coup de pied que ce qui s’applique aux fonctionnaires de carrière dans l’administration publique vaut pour les parlementaires. Nous savons que le premier est quelqu’un qui occupe une charge administrative, un poste ministériel, par exemple, et le deuxième est élu par des votants afin d’être représentés auprès du Pouvoir Législatif. Cabello se trompe-t-il ? Ou est-il très clair pour lui comment les choses fonctionnent dans ce système de gouvernement cabossé et décousu ?

María Corina Machado appartient au pouvoir Législatif par décision populaire et selon la constitution approuvée en 1999 à pétition de ceux qui gouvernent et après un processus constituant validé par référendum par les vénézuéliens, il n’existe que quelques raisons pouvant lui retirer son investiture : la mort, sa démission volontaire, un référendum révocatoire ou une décision de la Cour Suprême de Justice après une condamnation ferme. Rien de cela n’est arrivé alors qu’elle était à l’OEA ou à Lima. Cependant, les deux pôles du pouvoir civico-militaire du Venezuela sont alignés : le président Nicolás Maduro a validé les mots de Cabello et a donné sa sentence : « Machado s’est auto-licenciée ».

Traitresse?

Ses ennemis politiques ont essayé de la séparer de son poste et parmi les charges à son encontre il y a le dangereux et discrétionnaire “trahison à la patrie” et la douteuse et non moins subjective “instigation à enfreindre la loi”, à cause des manifestations violentes qui ont eu lieu dans différents Etats du pays et sa consigne qui appelle à « la sortie ».

Néanmoins, elle a décidé de se rendre au rendez-vous dans la capitale des Etats-Unis et s’est fait accompagner par la mère de Geraldine Moreno, une jeune femme assassinée à Valencia par un tir de plombs de chasse à bout portant dans son œil, et par le leader étudiant Carlos Vargas. Ce qui est arrivé là-bas et la manière dont ils ont refusé de discuter à propos du Venezuela est déjà une légende. Aussi le fait que le chancelier panaméen lui a offert son siège pour qu’elle ramène le sujet sur le tapis jusqu’à ce qu’elle y parvienne. Et cela a déchaîné les démons.

Cabello, militaire jusque dans sa manière de respirer, est l’une des deux figures d’un gouvernement bicéphale qui, après la mort de Chávez, se montrent avec des intérêts et des groupes distincts, mais jumelées par le pouvoir. Il représente l’aile des forces armées qui a participé à la tentative de coup d’Etat de 1992 et qui a escaladé au sommet durant la période de Chávez. Sa charge de député a été aussi questionnée légalement depuis qu’il fut réincorporé à l’armée –avec d’autres insurgés- par ordre du président de l’époque, et qu’il fut promu capitaine par Nicolás Maduro (la Constitution donne le droit de vote aux militaires en activité, mas leur interdit d’être élus). A la mort du leader, il a déclaré que l’opposition aurait dû prier pour que ce décès n’eût pas lieu, car c’était le « commandant » qui mettait un frein à leurs excès. Lundi 4 mars, deux jours avant l’arrivée de María Corina Machado dans le pays, Cabello a tendu les ressorts du conflit avec son habituel langage enflammé.

Machado a averti depuis Lima qu’elle retournerait à sa place de députée « afin de poursuivre la lutte » et il en fut ainsi. Accompagnée par trois parlementaires péruviens elle a atterri au Venezuela pendant qu’avait lieu la réunion de l’Unasur ; et elle n’a pas été arrêtée. Son passage était interrompu par des centaines de sympathisants qui ont chanté l’hymne national, l’ont enlacée et soutenue. Elle s’en est allé directement à la Place Brión, devenue le coin de l’opposition dans l’Est de Caracas et a donné un discours. Elle a qualifié de « nulle et inconstitutionnelle » la décision du président du parlement et a dit se sentir « plus députée que jamais ».

Elle, qui a laissé derrière elle sa carrière d’ingénieur, fille de la classe moyenne, conservatrice, promotrice lors de sa précandidature présidentielle du « capitalisme social », a marché parmi les gens… quelqu’un lui a offert un drapeau et elle l’a porté telle une écharpe. Elle regagnera son siège et les flashes essaieront de capturer cette rencontre-là. Avec lui. Avec ce militaire qui préside le parlement, qui ne la regarde jamais droit dans les yeux.

 

Source d’origine: CALZADILLA, Tamoa.” Le militaire ne la regarde pas dans les yeux”. Letras Libres. 31/03/2014. Editorial Vuelta 2011. 06/03/2014.

http://www.letraslibres.com/blogs/polifonia/el-militar-no-la-mira-los-ojos

Foto: EFE

Traduit par: #infoVnzla

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« Nous avons vécu 15 ans comme des nouveaux riches qui jouent au socialisme »

Par Gabriela Wiener

LaRepublica.pe – Marzo. 2, 2014

 

Alberto Barrera Tyszka. Né à Caracas le 18 février 1960. Écrivain versatile et dont la production est prolifique : nouvelles, recueils de contes, recueils de poèmes, essais et même des scenarii de feuilletons.

Gabriela Wiener

Écrivain reconnu – récipiendaire du prix Herralde du roman en 2006 –, poète et scénariste de feuilletons, le vénézuélien Alberto Barrera Tyszka croit qu’aujourd’hui les scenarii des feuilletons s’écrivent depuis le gouvernement chaviste. On sent presque de la nostalgie de ce pays artificiel de Cristal et Topacio (noms de deux telenovelas vénezuéliennes diffusées en 1984-1985) qui a laissé sa place à un autre où les « miss » sont assassinées par balle et les étudiants préviennent leur mère qu’ils vont mourir pour le Venezuela. « La loi et l’autocensure empêchent que la réalité apparaisse aujourd’hui dans les feuilletons vénézuéliens – dit Barrera depuis Caracas. Tout est à l’envers. Les véritables scénaristes de fiction sont au gouvernement, et écrivent tous les jours un script qui dit qu’ils sont bons et angéliques et que l’opposition et l’empire sont des méchants qui font peur. »

Alberto, il y a une espèce de dialectique perverse à laquelle certains veulent réduire la situation du Venezuela : ou tu es pour Maduro ou tu es avec « la droite ». Qu’est-ce que la droite vénézuélienne et qui représente-t-elle, réellement ?

Peut-être faudrait-il commencer justement par clarifier que la « droite » au Venezuela est une formule qu’utilise le gouvernement pour disqualifier quiconque s’oppose à lui. En réalité, la grande majorité de l’opposition est du centre. Il y a même une bonne partie qui vient – ou est – de gauche. Et, selon les dernières élections présidentielles, malgré les doutes et les critiques, cette opposition représente la moitié du pays.

Pour certains, il y a une troisième voie qui serait celle des étudiants qui sont la plus ferme opposition mais ne s’aligneront sur rien qui ressemble à une oligarchie… Crois-tu qu’ils aient la capacité organisatrice pour devenir une réelle alternative ?

Je ne crois pas que les étudiants soient une « troisième voie ». Ils font partie du même mal être croissant de plusieurs secteurs de la société vénézuélienne. C’est un mal être irrégulier, qui vient de différentes réalités, de l’insécurité sociale à l’effondrement économique qui s’approche (l’inflation est de 56 %), en passant par l’impuissance devant un gouvernement qui contrôle tous les pouvoirs, agit impunément et de façon opaque, continue à imposer des choses qui ont été rejetées lors du referendum de 2007… Le gouvernement est devenu une expérience asphyxiante pour beaucoup de Vénézuéliens. Les étudiants sont une expression de cet état de fait.

Nous sommes également face à une guerre médiatique dans laquelle les médias officiels disent une chose, tandis que la presse de l’opposition en dit une autre et qu’Internet fait ce qu’il veut… Où doit regarder l’observateur étranger pour se faire une idée réelle de ce qu’il se passe dans ton pays ?

C’est très difficile, pas seulement pour l’observateur international, mais aussi pour n’importe quel vénézuélien. Nous sommes, surtout, dans une guerre médiatique. Malheureusement, c’est un processus commun dans les sociétés très polarisées : la première chose que perd une société, c’est la notion de vérité commune, partagée par tous. C’est peut-être pour ça que Chávez a toujours été hyper conscient de l’importance de la communication. Ce n’est pas pour rien que le gouvernement contrôle, de différentes manières, pratiquement tout le spectre médiatique du pays. Et en ce moment, au travers de l’approvisionnement du papier, il fait agoniser les principaux journaux critiques.

Tu as écrit une biographie de Hugo Chávez … Y a-t-il quelque chose de lui en Maduro ?

Chávez avait du charisme, une énorme ambition de pouvoir, l’angoisse de la postérité. Maduro ne possède pas ces caractéristiques. Il a hérité du poste. Nous ne savons même pas s’il en voulait. Chávez a créé une nouvelle narration, a rendu visible la pauvreté et lui a donné une autre voix, il a ressuscité un rêve national. Mais il a aussi développé un État à sa mesure, a militarisé la société et a promu un immense culte à sa personne. Maduro connaît le script, veut y être fidèle, mais n’a ni le talent ni l’argent. Il doit gérer le pire : la crise.

Si la révolution de Chávez a été de lutter contre le côté le plus sauvage du capitalisme, que reste-t-il aujourd’hui d’elle ? Que sauverais-tu du plan bolivarien ?

Le chavisme a remis au centre de la table des discussions nationales le thème de la pauvreté. Il a donné une conscience de protagonisme aux secteurs populaires. Il y a de bons programmes sociaux, consolidés et qui ne vont pas disparaître, que le gouvernement change ou pas. Mais les gouvernements antérieurs ont aussi fait cela. Ce que je veux dire c’est que même après 15 ans de soit-disante « révolution », la pauvreté continue d’être notre tragédie. Chávez a démocratisé la distribution des revenus pétroliers en donnant une aide sociale directe. Ce n’est pas mal, mais cela dépend exclusivement du flux d’argent. Il a en plus essayé de construire un modèle qui a finalement amené le pays à la faillite. Nous avons vécu 15 ans comme des nouveaux riches qui jouent puérilement au socialisme. Tant qu’il y avait de l’argent, tout allait bien. Aujourd’hui, les plaintes de corruption, de mafia commencent à apparaître… Les indices de pauvreté montent à nouveau.

Crois-tu qu’il est possible que Maduro tombe sans l’intervention d’aucun pouvoir étranger déclaré ou dans l’ombre ?

Pour moi, il est difficile de prévoir quelle sera l’issue. Nous, les Vénézuéliens, vivons depuis trop longtemps à la limite de la catastrophe, en attendant que quelque chose explose demain. Ici, les États-Unis, Cuba, la Chine, Iran ont de grands intérêts… et c’est sûr qu’ils doivent intervenir, d’une manière ou d’une autre.

Mais je ne crois pas que nous allions être « envahis ». Je ne crois pas non-plus que Maduro abandonnera le pouvoir, en tous cas pas maintenant. Mais il est évident que son gouvernement est fragile et doit faire face à une crise économique colossale.

Raconte-nous un roman sur le Venezuela, avec une fin heureuse. Que doit-il arriver pour que cessent réellement la violence et l’injustice qui ont transformé le Venezuela en un pays si brisé ?

Je crois que la seule issue qu’a le pays est d’assumer sa complexité. Et cela passe par la difficile étape transitoire de désactiver la polarisation ; cela passe par reconnaître et accepter l’autre, par assumer la diversité. Et en ceci, le gouvernement a un rôle fondamental. Tant qu’il continue d’imposer son projet, il n’y aura pas de paix au Venezuela.

 

Source d’origine: Wiener, Gabriela.”“Hemos vivido 15 años como nuevos ricos que juegan al socialismo””. LaRepublica.pe. 2 de marzo de 2014. 15 de marzo de 2014.

http://www.larepublica.pe/02-03-2014/hemos-vivido-15-anos-como-nuevos-ricos-que-juegan-al-socialismo

 

Traduit par: #infoVnzla

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L’Autoritarisme et ses complices

Par Armando Chaguaceda

NewsWeek – 27 mars 2014

Un « coup d’État » est-il possible quand la Force Armée Nationale, la Guardia Nacional, la Police et les services secrets sont instrumentalisés par le parti au pouvoir ?

L’autoritarisme est une façon de faire de la politique par laquelle on privilégie l’autorité au consensus, on concentre le pouvoir politique sur un leader ou un organisme unique, on réduit la valeur des institutions représentatives, on dégrade participation et délibération autonomes, on harcèle ou élimine l’opposition politique et on s’octroie le contrôle des mécanismes électoraux destinés à transmettre la volonté populaire. Une telle façon de procéder peut se parer de divers accoutrements idéologiques – parfois, opposés – et émerger dans des contextes historiques multiples, comme le démontre l’expérience latino-américaine au cours des deux derniers siècles.

Cela posé, soyons clairs : le Venezuela vit aujourd’hui sous un régime ouvertement autoritaire.

Dans ce pays, la mise en place démocratique et porteuse de progrès de la Constitution de 1999 a été annulée par une action politique qui augmente le contrôle sur les pouvoirs locaux, limite toute forme d’organisation autonome et criminalise toute forme d’opposition politique et de protestation sociale. Le gouvernement insiste sur l’appui populaire qui lui a été exprimé par les urnes, alors que celui-ci ne représente qu’un infime avantage – 1,5% lors des présidentielles – sur ses opposants. Il oublie que la jouissance d’un (certain) appui citoyen, la tenue d’élections (pas toujours équitables) et l’existence d’une Constitution (outrepassée) sont compatibles avec des gouvernements autoritaires et dictatoriaux – nous avons, pour nous en souvenir, les cas de Somoza, de Pinochet et de Fujimori.

Cabello, Maduro et cie qualifient de « putschistes » leurs opposants ; mais ce qualificatif s’applique à ceux qui méconnaissent la volonté populaire et qui violent la loi et les institutions en vigueur ; dès lors, l’actuel gouvernement vénézuélien est un remarquable disciple de ceux qui, en 2002, ont fait irruption dans l’ordre constitutionnel en renversant Hugo Chávez pendant 48 heures. Leur manière de procéder est bien putschiste quand ils séquestrent les pouvoirs publics au bénéfice d’un parti, quand ils éliminent les prérogatives des gouverneurs ou des maires – en bloquant leur budget et en désignant des structures parallèles de gouvernement – et quand ils agressent physiquement ou empêchent de s’exprimer les membres de l’opposition, élus au parlement par la moitié du peuple ; quand ils instaurent un discours plein d’allusions belliqueuses (bataille, campagne, ennemi) et disqualifient les autres avec des termes racistes ou homophobes.

Analysée par un observateur un tant soit peu informé, la propagande de Caracas s’écroule tel un château de cartes. Un « coup d’État » est-il possible quand la Force Armée Nationale, la Guardia Nacional, la Police et les services secrets – tous bolivariens dans leur dénomination et leur affectation politique – sont instrumentalisés par le parti au pouvoir, et bénéficient des plus grands budgets et du rôle politique principal dans l’histoire vénézuélienne ? Si on vérifie l’origine de l’état-major du gouvernement et des pouvoirs régionaux qu’il contrôle, on verra – à l’exception d’un ou deux civils provenant de la vieille gauche et de la troupe de convertis – une constellation de d’étoiles sur les épaulettes.

Un « harcèlement médiatique » existe-t-il quand les six chaînes de l’État et les quatre chaînes privées qui ont une couverture nationale s’alignent sur la ligne éditoriale et la censure gouvernementale, au point que la moitié opposante du pays et de ses leaders n’ont aucune place dans les grilles de programmation ? Entre quelles mains est l’hégémonie médiatique, quand la seule plateforme non subordonnée – la presse écrite – voit ses jours comptés à cause de la pression financière, du harcèlement légal et du blocus sur le papier ? Qu’est-ce donc si ce n’est un énorme monologue propagandiste, que diffusent les 44 chaînes de télévision et autres 264 radios régionales aux mains du gouvernement ? Et enfin, quel président réellement démocrate impulserait un programme de censure comme celui qui l’a mené à retirer du câble NT24, à diaboliser CNN et à bloquer les réseaux sociaux ?

On présente l’opposition comme étant « oligarque » quand ses sympathisants – tout comme ceux qui appuient le gouvernement – proviennent de tous les secteurs sociaux, ont tous les credos politiques et toutes les couleurs de peau. Mais on cache que ce sont la répression et la rhétorique belliqueuse et malhonnête du gouvernement, l’impunité et les encouragements pour les paramilitaires, l’inaction complice de l’Amérique Latine et le désespoir irrationnel d’une partie des manifestants agressés – dans cet ordre de causalité et de responsabilité –, que ce sont donc ces facteurs qui préparent le terrain à une guerre civile au Venezuela. Une guerre civile où l’asymétrie des forces entre les parties présage plus un bain de sang qu’un véritable conflit armé.

Les revendications de fond de la mobilisation sociale actuelle sont diverses, légitimes et en aucun cas « conspiratives » ; ce sont : le combat contre l’insécurité et la pénurie, la libération des étudiants emprisonnés, la fin de la censure et de l’asphyxie des médias et aussi de toute forme de criminalisation du droit de parole, de réunion et de manifestation citoyenne, pourtant tous garantis par la Constitution en vigueur. Aux côtés du leader de l’opposition, Leopoldo López, les syndicalistes, les leaders communautaires et les combattants étudiants et populaires s’affaiblissent sous le système pénal vénézuélien, victimes du harcèlement de l’appareil gouvernemental. Parce que la contradiction principale du Venezuela n’est pas entre le chavisme et l’opposition ou entre la gauche et la droite, mais elle est celle qui émane du conflit entre un projet hégémonique, militariste et totalitaire, et les acteurs sociaux, idéologiquement pluriels, qui n’acceptent pas d’abandonner leur autonomie.

Face à un tel scénario, un large panel des intellectuels de la région fait preuve de cécité, de dogmatisme et d’un manque manifeste de mémoire. Peu importe si dans les années 1970 vous défendiez les étendards de l’équité et de la justice, et que cela vous ait valu d’être accusé de « subversion » et d’être menacé de finir en prison ou au cimetière grâce à la CIA et à ses complices locaux. Peu importe également si dans les années 1990, vous avez pointé du doigt l’incompatibilité entre « renforcer la démocratie » et la mise en œuvre des politiques néolibérales d’« ajustement structurel ». Car si aujourd’hui, en pleine cohérence avec une telle trajectoire politique, vous dénoncez les abus contre les droits de l’Homme commis par les gouvernements de notre région – de la Colombie au Venezuela –, la part de vos reproches qui concerne le caractère oppressif des « régimes révolutionnaires » vous discrédite immédiatement aux yeux de l’ « intellectuel engagé » condescendant.

Jusqu’à quand y aura-t-il des gens soi-disant progressistes, dans et hors du Venezuela, qui cacheront par leur rhétorique l’exécrable gestion publique, la censure conspiranoïaque et l’injustifiable répression de Miraflores ? Des gens qui dans le passé condamnaient – au nom de la démocratie et du changement social – la répression des étudiants, protestaient contre la pauvreté et pointaient du doigt la corruption d’une démocratie libérale alors même qu’ils étaient formés par ses universités et grâce à ses bourses. Aujourd’hui, ils se taisent ou font des pirouettes honteuses, invoquant des « théoriciens » à la mode et débitant des vielles formules telles que « émancipation », « rôle de premier plan », ou « populaire ». Tels des douaniers idéologiques, ils ne défendent les droits des autres que lorsqu’ils coïncident avec leur vision ou leur pragmatisme personnels, cataloguant arbitrairement : telle personne est une victime, et telle autre est coupable. Face à de telles postures, on se demande quelle est la limite de tant de crédulité intellectuelle et d’indécence civile ?

En ces jours funestes, il me vient à l’esprit un dur exemple de l’histoire du Mexique. En pleine apogée du régime postrévolutionnaire, l’écrivain Octavio Paz renonça à un poste dans la diplomatie mexicaine pour protester contre la répression de Tlatelolco (1968). Cette décision lui valut la répudiation de la part des propagandistes officiels et d’une partie des intellectuels endormis par la litanie « révolutionnaire ». À cette époque, loin de ce qu’on imagine aujourd’hui, la popularité du gouvernement du Parti Révolutionnaire Institutionnel était remarquable et le contrôle des médias pratiquement total. Vivre sous la dictature parfaite semblait préférable à souffrir les tyrannies sans pitié d’Amérique Centrale et du Sud ; c’est ainsi que la plupart des gens, pendant quelques semaines, ont vécu la « normalité » déguisée en fête lors des Jeux Olympiques de 1968.

Paz n’a jamais renié l’idéal progressiste et redresseur de torts de la Révolution Mexicaine, mais il a su répudier à temps ceux qui, en son nom, s’érigeaient en caste dominante et en système répressif. Aujourd’hui, beaucoup le célèbrent comme un exemple de courage civique et comme une gloire des lettres latino-américaines. Cela vaudrait la peine, pour ceux qui défendent encore le gouvernement de Maduro au nom de l’ « anti-impérialisme », de la « Révolution » et des « causes justes de l’humanité », de réfléchir à son héritage.

 

Source d’origine: Chaguaceda, Armando. “El Autoritarismo y sus cómplices”. NewsWeek. 27 mars 2014. 30 mars 2014.

http://www.newsweek.mx/index.php/articulo/8678#.UzhX3Pl_tUP

Foto: AFP/Leo Ramirez

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Mon Venezuela d’hier et d’aujourd’hui

Par Plinio Apuleyo Mendoza
El Tiempo – Mars 21, 2014

L’écrivain immortalise ses souvenirs et expériences indélébiles dans un pays dont l’avenir est en jeu aujourd’hui.

La première fois, il m’a semblé que Caracas avait un air rural ou en tout cas provincial. Les gens prenaient l’air sous les tamariniers de la plaza Bolívar. Les sauterelles qui chantaient au coucher du soleil, les vieilles lanternes et le capitole avec sa coupole blanche et élevée tel un gâteau de mariage, semblaient appartenir au temps jadis, peut-être celui de Juan Vicente Gomez.

J’étais encore adolescent et ce fut mon premier voyage seul hors de la Colombie. Je me promenais dans le quartier El Silencio, lorsqu’un ami de mon père, Vicente Gerbasi, me reconnut par hasard et m’emmena dans un troquet, El Lido. Situé au bord de la ville, c’était un îlot de lumière au milieu des prés où scintillaient de nuit les lucioles et où les sauterelles filaient une léthargique symphonie rurale.

Je ne pouvais pas me douter, à ce moment-là, que Caracas serait secouée par trois décennies de vertige, que la paix de ses patios et crépuscules éclaterait en morceaux et que des essaims d’immigrants espagnols, italiens et portugais arriveraient dans une ville d’autoroutes récentes, qui s’ouvraient ou s’enroulaient comme des poulpes et des araignées, avec excès de néons, d’artifices de verre et d’acier. Tout cela donnerait à Caracas un autre visage, sans laisser presque rien de l’ancien, excepté le mont Avila et un vague parfum de fleurs qui se font toujours sentir à la tombée de la nuit.

Je ne pouvais pas non plus imaginer à quel point le Venezuela serait une carte qui s’abattrait souvent dans ma propre destinée. J’y vivrais toute une décennie, en y laissant des amis, des attaches, des souvenirs que n’importe quel retour éclair fait revivre intensément. A 22 ans, lorsque j’ai quitté Paris, où je suivais des études en Sciences Politiques, pour m’installer à Caracas et accompagner mon père en exil, mon mentor et guide fut Ramón J. Velásquez. Historien, journaliste, sénateur et bien des années plus tard Président de la République, c’est le vénézuélien né dans l’Etat de Táchira qui connaît le mieux la Colombie.

Aujourd’hui il a plus de 90 ans et je l’ai connu quand il n’avait pas encore 30 ans. Il était alors un avocat pauvre et maigre, qui conspirait contre la dictature de Pérez Jiménez.

Je me souviens de sa maison dans le quartier El Conde, très modeste, et de ses articles signés sous un pseudonyme, articles que je convoyais pour les faire publier dans un supplément du journal La Esfera, presque clandestinement, car sa signature était alors évitée par plusieurs directeurs de journaux afin de s’épargner des problèmes avec la dictature.

Le jour où les agents de la Seguridad Nacional sont rentrés chez-lui à 5 heures du matin et l’ont fait prisonnier, je l’ai remplacé à la direction de la revue Elite, alors la plus importante du pays ; direction qu’il exerçait de fait, mais pas nominativement. Je me suis senti très bizarre en occupant le bureau de cet ami et mentor qui, à ce moment-là, peut-être menotté, était transporté à une prison de Ciudad Bolívar dont il sortirait des années plus tard, le matin du 23 janvier 1958.

Le retour à la démocratie

Quelle journée inoubliable ! Après des années vécues dans un pays étanche, où personne n’osait donner son avis sur le régime, j’ai vu apparaître un autre Venezuela. Après le soulèvement frustré d’une base militaire à Maracay, ont éclaté dans les rues des cris et des protestations –comme ceux que nous voyons d’aujourd’hui- pendant 3 semaines, jusqu’à la chute de Pérez Jiménez au petit matin historique du 23 janvier.

Gabo et moi avons vu depuis le balcon de mon appartement, à 3 heures du matin, l’avion qui l’emmenait en République Dominicaine. Je n’étais pas chez Elite, mais à la revue Momento. J’avais réussi à faire en sorte que Gabo (Gabriel García Márquez, N.D.T.) cesse d’être affamé à Paris et vienne travailler avec moi. Je nous vois dans une salle de rédaction déserte écrire un éditorial –le premier sous la démocratie-, pendant que la ville vivait, aux premières lueurs du jour et parmi les coups de sifflets et les sirènes, le délire suite à la chute du dictateur.

« En cette première heure de la démocratie, nous les vénézuéliens célébrons… » Si proches étions-nous du Venezuela que nous pouvions l’écrire ainsi, impunément.

Nous vécumes de très près la réapparition des partis, le retour de leur exil de grands dirigeants comme Rómulo Betancourt, Jóvito Villalba et Rafael Caldera. Nous nous sommes entretenus avec eux et avons écrit des nombreuses chroniques politiques, jusqu’à ce que le propriétaire de la publication décida de confier cette section-là de la revue à un jeune député du parti Copei, svelte et à la ronde moustache noire : Luis Herrera Campins. Pouvions-nous imaginer que des années plus tard il serait Président de la République ? « Te souviens-tu comment tu le grondais pour ses retards ? » me disait Gabo en riant.

En réalité, aucun personnages les plus emblématiques de cette nouvelle démocratie ne nous fut inconnu. La première entrevue avec Rómulo Betancourt, lorsqu’il fut élu Président, fut celle que je fis, chez-lui, pour ce journal. J’ai accompagné Carlos Andrés Pérez dans un avion privé dans sa terre natale, dans l’Etat de Táchira. Le jour où il fut élu président pour la première fois j’ai déjeuné chez-lui.
Gustavo Machado, fondateur et dirigeant du Parti Communiste vénézuélien, a été pour moi un ami proche. J’ai écrit, après de nombreuses heures de conversation avec lui, sa biographie complète. Elle a été rééditée pour ses 80 ans et il me l’a envoyée avec un mot, que je conserve toujours, dans lequel il m’appelle « témoin et acteur du journalisme vénézuélien ».

Personnages inoubliables

Ils sont nombreux. A la demande de sa mère, je suis devenu le mentor paternel d’une jeune vénézuélienne dont j’ai pris en main la vocation de cinéaste en la faisant voyager à Paris afin qu’elle étudie à l’Idhec. Aujourd’hui c’est une réalisatrice de cinéma célèbre : Fina Torres.

Je n’ai jamais pu oublier deux grandes figures du journalisme vénézuélien, amis proches : Miguel Ángel Capriles et Miguel Otero Silva, le célèbre écrivain et directeur du journal El Nacional. Miguel Henrique, son fils, mène aujourd’hui une héroïque bataille contre le régime chaviste.

Teodoro Petkoff, le fondateur du parti Movimiento Al Socialismo et aussi courageux directeur du journal Tal Cual, a pour moi une connotation familiale. Il y a des années –je ne me souviens pas combien- nous avons fait un long voyage dans sa voiture sur les rives du lac de Maracaibo et après à travers les Andes et les Llanos. Il n’a jamais oublié, des années plus tard, que grâce à une intervention de ma part, Gabo a donné à son parti, le MAS, l’argent du prix littéraire Rómulo Gallegos.
Après avoir vécu au Venezuela dans les années 1950, je suis rentré en Colombie et après en France, mais jamais je n’ai perdu le contact avec celui-ci, mon deuxième pays. J’y suis retourné chaque année. Deux de mes sœurs sont restées à Caracas et ont dirigé des publications célèbres. A mesure que s’approchait la fin du XXe siècle, j’étais inquiet en voyant la détérioration de la démocratie par la faute d’une classe politique, liée aux deux grands partis, qui s’enfermait, comme la nôtre, dans ses intérêts exclusifs. La ferveur populaire d’autres temps avait disparu.

Le Venezuela d’aujourd’hui

Aurais-je pu imaginer le désastre qu’allait représenter pour le Venezuela, même pour le continent, l’arrivée de Chávez au pouvoir ? Franchement, non. Même, des amis proches, aujourd’hui persécutés par Maduro, l’ont vu au début comme une nouvelle et prometteuse alternative. Quinze ans plus tard, le désastre laissé derrière lui par le régime chaviste est monumental. Il peut être exprimé en trois mots : dilapidation, corruption et autoritarisme. Le chavisme a en même temps les travers du fascisme et du castrisme.
Avec son populisme démesuré, il est parvenu à créer pour la première fois au Venezuela et dans les pays qui ont suivi le même chemin, une dangereuse fracture sociale. D’un côté se trouvent les malmenées classes populaires qui ont bénéficié de manière éphémère des richesses générées par la rente pétrolière.

D’autre part, les classes moyennes et aisées et les syndicats, qui regardent lucidement les funestes politiques qui ont dévasté le pays : la manière abusive dont l’Etat a étendu sa mainmise sur l’activité économique avec ses contrôles de prix, de change, du commerce extérieur, et le climat ingrat qu’il a créé pour les investisseurs locaux et internationaux. Production en baisse, importation incontournable des produits de base, pénuries délirantes, l’inflation la plus haute du continent (56%), dévaluation grandissante de la monnaie et devises qui s’épuisent jour après jour.

Un désastre, auquel s’ajoute la grave crise des hôpitaux avec l’absence de médicaments de base, les coupures électriques et une criminalité qui fait de Caracas la ville la plus dangereuse de la planète, avec plus de 25.000 homicides par an, en plus des vols et des enlèvements.

Le Venezuela qui sort dans les rues maintenant pour combattre le régime de Maduro me rappelle le Venezuela d’hier, celui qui est apparu soudain lors des premiers jours de 1958, avec des rassemblements et protestations qui ont abouti à la chute de Pérez Jiménez. Un tel phénomène, qui bout dans les racines historiques du pays, a éclaté de nouveau dans les rues, plus fort que jamais. Oui, c’est le cri d’un peuple vaillant qui, lorsqu’il apparaît, ne se rend pas.

Source d’origine: Mendoza, Plinio Apuleyo.”Mon Venezuela d’hier et d’aujourd’hui“. El Tiempo. 21/03/2014. EL TIEMPO Casa Editorial. 03/04/2014 < http://www.eltiempo.com/mundo/latinoamerica/recuerdos-de-venezuela-por-plinio-apuleyo-mendoza_13704681-4 >

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Ma chambre forte à Caracas

Comment notre famille reste en sécurité, tandis que des gaz lacrymogènes, des balles et le chaos continuent si fort, derrière la porte principale ?

Par Rafael Osio Cabrices.

ZocaloPublicSquare.org – publiée le 4 mars 2014.

Quelle est la meilleure manière de protéger une fille de 7 mois des effets du gaz lacrymogène ? Est-ce dangereux pour elle de respirer la fumée d’un tas de détritus en feu en face de l’immeuble ? Une balle de 9 millimètres peut-elle passer à travers les murs de notre appartement ? Est-ce que dans ce secteur de classe moyenne si peuplé, je pourrai trouver à manger pour ma famille la semaine prochaine, ou devrions-nous accumuler une réserve d’urgence ?

Telles sont quelques-unes des questions que nous nous sommes posées, ma femme et moi depuis le 12 février, quand les membres de l’opposition politique du Venezuela ont défilé dans le centre de Caracas et ont été agressés par des partisans du président mort il y a peu, Hugo Chávez.

Nous vivons dans un appartement à moins d’un bloc de maison de la Place Altamira de Caracas, l’un des principaux foyers de manifestations ; le flux de cette lutte a traversé à plusieurs reprises dans les frontières de notre vie privée.

Les origines de tout ce chaos viennent des expériences surréalistes chavistes avec le pays, mais la gâchette a été appuyée immédiatement après la manifestation, suite à une tentative de viol dans un campus universitaire de San Cristóbal, la capitale de l’État Táchira, à la frontière avec la Colombie. La Guardia Nacional a répondu avec la force extrême, et les manifestants se sont multipliés. Deux personnalités politiques de l’opposition – le jeune et charismatique ex maire de Chacao (Caracas), Leopoldo López, et la congressiste María Corina Machado – ont dit que la seule façon de sauver le pays était de descendre dans les rues et d’augmenter la pression contre l’héritier élu de Chávez, le président Nicolás Maduro, devenu le mandataire après avoir gagné pour moins de 2 pourcents des voix lors des élections de l’an passé. Pendant la première année du mandat de Maduro, le Venezuela a continué à repousser les niveaux de violence urbaine, l’inflation et la pénurie de produits de première nécessité, en général associés à une situation de guerre.

López a été arrêté par les autorités, mais ce n’est pas le seul. Le Foro Penal, un groupe d’avocats des droits de l’homme, estime que 15 personnes sont mortes lors des manifestations, et que plus de 700 manifestants ont été arrêtés. Ils signalent que les cas de torture et d’abus divers continuent d’augmenter, et qu’ils sont attribués aux forces principales de la répression : la Police Nationale Bolivarienne (ainsi nommé selon l’inspiration de Chávez à partir du nom du libérateur Simón Bolivar – le George Washington du Venezuela), la Guardia Nacional Bolivariana et les redoutables « collectifs ». Ces derniers sont des groupes d’extrême gauche avec des réminiscences de la guérilla urbaine financée par les Cubains dans les années 1960 – excepté que ces personnes possèdent des motos rapides, des armes longues et un appui total du gouvernement.

Les manifestants, de leur côté, ont commencé à bloquer les rues dans leurs propres quartiers de classe moyenne avec une expression aveugle de peur, de rage et de désespoir exacerbés par la paralysie économique du pays et la pénurie qui empirent avec le discours de division du chavisme, basé sur l’opposition Riches VS Pauvres.

Tout au long de ces jours sombres, ma femme et moi avons essayé de garder en sécurité notre petite fille. Tous les jours ont eu lieu des manifestations dans la Place Altamira. Certaines nuits ont été très violentes et deux d’entre elles ont été pires qu’un cauchemar. Des nuits au cours desquelles nous avons dû nous réfugier dans le bureau de la maison qui n’a aucune fenêtre qui donne sur la rue. Là, entre les disques de jazz, les vieilles revues et un bureau désordonné, ma femme et ma fille ont dormi dans le lit d’invité tandis que la Guardia Nacional poursuivait les étudiants, les arrachaient de la place avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc.

La Guardia Nacional voulait emmener les étudiants à leur commandement, où, selon de nombreux témoignages des étudiants eux-mêmes, certains pourraient être torturés et ramenés à leurs parents après qu’ils aient payé une rançon qui pourrait s’élever à 10000 dollars par détenu. En US dollars, bien sûr – même les fanatiques du régime n’ont pas foi en leur propre monnaie.

C’est ainsi que nous avons fermé toutes les fenêtres et que nous avons attendu là, au milieu de tirs et de sirènes qui nous entourent comme un troupeau de furies. Nos voisins criaient des insultes aux policiers ou aux gardes qui poursuivaient les manifestants : « Fils de pute ! » ; « Lâches ! » ; « Assassins ! ». Jusqu’à aujourd’hui, aucune balle n’est arrivée jusqu’à notre appartement et nous avons réussi à maintenir le gaz lacrymogène hors de la maison. Dans la nuit de dimanche dernier, nous en avons même profité pour jouer au détective. Mais nous avons vécu plusieurs degrés d’alerte ; j’ai dû marcher à quatre pattes sur le balcon à minuit, comme un cafard terrorisé, pour m’assurer que les tirs avaient cessé sans avoir à risquer ma tête.

A part regarder par la fenêtre, la seule façon d’obtenir des informations et à travers de Twitter. Le Chavisme a gagné la bataille contre sa bête noire préférée : la presse. Ma femme et moi avons étudié le journaliste, mais il n’y a aucune liberté d’exercer comme il se doit, dans notre pays.

Les journaux ne sont désormais réduits qu’à une section, diminués de cette existence fantasmatique à cause des contrôles de la monnaie de la part du gouvernement, ce qui rend pratiquement impossible d’obtenir du papier pour l’impression du journal. Les sites Web, blogs et nouveaux sites d’informations en ligne ne sont pas fiables. Trois télévisions privées ont décidé de ne plus informer des manifestations par peur de provoquer la colère du régime. Les gens dépendent des réseaux sociaux pour savoir ce qu’il se passe, tout en ayant peur que vienne un jour où ces canaux seront interrompus eux aussi. Du côté du gouvernement, il y a des dizaines de stations de radio financées par l’État : sept chaînes de télévisions, trois journaux et une agence officielle d’informations. Tous soutenant le président Maduro. Ils y transmettent la gloire de la Révolution Bolivarienne de Chávez 24/7 et déblatèrent contre les ennemis du gouvernement – « fascistes » ; « homosexuels » ; « terroristes » ; « agents de la CIA » ; « traitres » ; « prostituées » ; « toxicomanes » ; « psychopathes ».

Voilà une ambiance idéale pour l’hystérie collective, comme une guerre civile. Mais ce n’est pas une guerre civile, bien qu’on l’ait mentionnée – avec angoisse, mais aussi avec une certaine impatience – par des gens de tous bords. Ce n’est pas non-plus un coup d’État en cours, comme Maduro le répète alors qu’il danse la salsa avec sa femme lors d’un meeting où il invoque l’esprit du carnaval aux vacanciers.

Le président a essayé de calmer les manifestations : il a augmenté les jours de vacances du carnaval d’une semaine, tandis que son administration présidait l’anniversaire commémoratif de la première année sans le « Suprême et Éternel Commandant », Hugo Chávez. Maduro a confiance en la tendance idiosyncratique des Vénézuéliens à aller à la plage et à noyer leurs préoccupations dans la bière fraîche.

Mais l’opposition manifeste encore dans plusieurs endroits – parfois sous un nuage de gaz lacrymogène. Les collectifs continuent de tirer et de piller, et la situation dans le tremblant État de Táchira n’a toujours pas changé. Pour l’instant, les héritiers de Chávez n’ont aucune raison de changer de direction : le gouvernement de Maduro conserve une certaine popularité et contrôle le Congrès, les militaires, la Cour Suprême, l’application de la loi et les recettes du pétrole. Mais ils ne peuvent pas contrôler l’écroulement de l’économie ; même si les manifestations actuelles perdent en élan, il est évident qu’elles continueront. Le Venezuela est entré dans un état de violence et d’instabilité au futur prévisible.

Et nous, depuis notre chambre forte, nous sommes sûrs que ce n’est pas en endroit où éduquer un enfant.

 

Source originale : Osio Cabrices, Rafael. “My Panic Room in Caracas”. Zocalo Public Square.org. le 4 Mars 2014. Zocalo Public Square. 5 Mars 2014.

http://www.zocalopublicsquare.org/2014/03/04/my-panic-room-in-caracas/ideas/nexus/#.UxZmb3sa1a4.facebook

Foto: Reuters/Tomas Bravo

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