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Période Spéciale

En 1992, je suis allée à Cuba en partant de Caracas.

Dans ma valise, j’ai emporté du café, du lait en poudre, du savon, de la lessive, du déodorant, des tubes de dentifrice, des rasoirs, des pansements, du coton, de la pharmacie de base et des traitements plus spécifiques.

En 2016, je vais au Venezuela en partant de Madrid.

Dans ma valise, j’ai emporté du café, du lait en poudre, du savon, de la lessive, du déodorant, des tubes de dentifrice, des rasoirs, des pansements, du coton, de la pharmacie de base et des traitements plus spécifiques.

Le Cuba de 1992 vivait une « Période Spéciale », « conséquence directe » de la fin de l’URSS, de la Chute du Mur et de ses effets domino, et du blocus des États-Unis.

Le Venezuela de 2016 vit dans la désorganisation sociale, dans l’absence absolue d’approvisionnement, dans une crise sanitaire sans précédent, dans l’indigence, « conséquences directes » de la « guerre économique » menée par « l’empire », par les patrons malintentionnés qui ne produisent pas, par les commerçants hostiles qui cachent leurs marchandises, par les patients capricieux qui tombent malades exprès pour devoir acheter des médicaments dont ils ont besoin, par les malades à l’esprit saboteur qui remplissent les services d’urgence pour saturer les hôpitaux, par les habitants qui mangent trop et qui refusent d’utiliser les jardinières de leur logement pour faire pousser des patates et des tomates, et par les citoyens irresponsables qui veulent prendre une douche tous les jours et qui prétendent se laver les dents après chaque repas.

A tout ceci il faut ajouter l’esprit d’aventure et l’intrépidité des Vénézuéliens : ils adorent sortir dans les rues parce que l’éventualité de recevoir une balle dans la peau leur procure une montée d’adrénaline et une jouissance merveilleuse.

Si je n’étais pas Vénézuélienne, je resterais bouche bée chaque fois que je lis un courrier dans lequel on me demande un médicament « qu’il faut que je prenne à vie depuis que j’ai été attaqué et qu’une balle a transpercé mon foie, mon poumon, ma rate ».

Rien de tout ceci n’est exagéré et ce que l’on peut prendre pour du sarcasme n’en est pas non plus.

Dans ses discours, le régime situe les fautes là où je les ai énumérées.

Que cette information serve à ceux qui ne savent pas ce qui se passe dans mon pays aimé et meurtri.

Lena Yau

Droits de publication et de traduction cédés par l’auteure à Infovzla.

Le tragique dans la pénurie, c’est que lorsqu’il n’y a rien, il n’y a rien

Peu importe le nombre de tweets et de retweets que tu obtiens, ou même l’urgence. Peu importe que tu aies partagé ta demande avec tes amis, trois célébrités ou avec trente groupes de WhatsApp. Peut-être que, par un coup de chance, tu obtiendras quelque chose, mais quand il n’y a pas, il n’y a tout simplement pas.

Le caractère d’urgence, les contacts et la solidarité peuvent t’apporter quelque chose venant de l’extérieur du pays, mais pour cinq ou dix jours ? Pour un patient, pour deux ou pour trois ? Nous en sommes réduits à ne résoudre que des cas d’urgence personnels ou concernant nos proches. Nous nous faisons de plus en plus petits et désespérés. Certains deviennent aussi de plus en plus mesquins – on ne peut pas leur en vouloir.

Il y a plus d’un an, nous avions reçu des médicaments pour le cœur : un gars les avait achetés en Colombie pour son père, mais il n’est pas arrivé assez vite et son père est mort. Un autre don fut encore plus dramatique : un monsieur avait dû arrêter son traitement et quand il a à nouveau eu les médicaments, la première prise lui a provoqué un choc et il en est mort. Imaginez un peu un fils qui se dit : « J’ai tué mon père juste parce que je lui ai trouvé des médicaments ». Tu prends les boîtes, mais tu ne sais pas comment le remercier. Par chance, nous réussissons à obtenir un autre médicament neurologique qui vient d’Espagne par boîtes de cent (cinquante jours de traitement) et nous réussissons à le recevoir régulièrement ; est-ce suffisant pour le fournir à tous ceux qui en ont besoin ? En aucune façon. Il a disparu en 2013 et on n’en a plus revu avant 2014. Je suis allé au laboratoire et ils ne prévoient même plus de le fabriquer. La dette que le gouvernement n’a pas payée ne les a pas seulement obligés à réduire leur production, mais cela les a aussi mis en difficulté avec les fournisseurs internationaux ce qui rendra encore plus cher la remise en marche de la production. Pendant ce temps-là, j’ai déjà secouru deux personnes qui ont convulsionné dans la rue parce que sans leur médicament ce sont des bombes à retardement qui s’en remettent au hasard.

Par conséquent, cette année, nous continuerons à enterrer des gens. A enterrer des gens et à manquer le travail ou l’école pour rester à soigner les malades, parce que quand une personne tombe, c’est la famille qui tombe.

L’urgence est réelle. Cette semaine, la Fédération Pharmaceutique Vénézuélienne a sollicité l’aide internationale pour obtenir cent cinquante médicaments. C’est une urgence humanitaire. Aucun pays du continent n’est dans cette situation en ce moment, pas même Haïti.

La décision a été prise par quelqu’un qui pense que le problème ce ne sont pas les contrôles mais le fait qu’on ne les applique pas avec assez de rigueur. Elle a été prise par quelqu’un qui préfère tuer pour pouvoir continuer à voler. Par quelqu’un qui te dira que ceci n’est pas le véritable socialisme et qu’il faut balayer tout ça pour que le peuple embrasse l’idéal et se livre tout entier.

Pire : Par quelqu’un qui utilisera des dollars et des dollars en quelques semaines non pas pour payer les fournisseurs d’alimentation et de médicaments, mais pour annuler des bonds de la dette qu’ils ont eux-mêmes émis et achetés, parce que le capital doit continuer à fuir, sous nos yeux, passant sur les tombes de ceux qui n’ont pas voulu de cette patrie socialiste et à qui on a laissé l’autre côté de l’équation. La révolution a généré plus de dérives que tenu de promesses, et celle-ci n’était que l’une d’entre elles. Depuis le 6 décembre (1), ils ont jeté l’éponge et ils se foutent d’améliorer un tant soit peu les approvisionnements, ils gèrent la répartition de la pénurie – qui empire – entre ceux – de plus en plus nombreux – qui la subissent. Des gens qui font la queue, ce sont des gens qui sont occupés à gérer l’immédiat, ce sont des gens qui en sont réduits à ne penser qu’à une seule transaction à la fois. Des gens qui sont contrôlés par la meurtrissure, vulnérables et dépendants.

Je ne sais pas si le programme de résistance peut être ”passons un marché et nous ne mourront pas parce que tout ceci est absurde”. Mais c’est certain, nous pouvons raconter notre histoire afin de créer les anticorps qui éviteront que ce roman réaliste tragique ne se répète. Parce que des histoires, ça oui, nous en avons, mais des seringues, des traitements, des réactifs, des chimios, des sondes, des pilules et du plasma, quand il n’y en a pas, il n’y en a pas.

 

Luis Carlos Diaz Vazquez
Droits de publication cédés par l’auteur à InfoVzla.

 

 

(1) : Ndt : Le 6 décembre 2015, l’opposition a remporté les élections législatives au Venezuela pour la première fois depuis seize ans. (En savoir plus sur)

La tragédie bouffe de Leopoldo López

Que Leopoldo López soit devenu le premier « prisonnier d’opinion » du Venezuela socialiste du vingt et unième siècle est une blague qui ne fait pas rire.

Comprendre les motivations et les stratégies politiques de Leopoldo López relève de l’art divinatoire. Sa carrière politique en tant que titulaire d’un mandat public n’est pas significative parce que ce (dé)gouvernement a rogné ses droits politiques en procédant à une « déclaration d’inaptitude » illégale à tout point de vue. L’unique démonstration de ses capacités de gestionnaire des affaires publiques a été son excellente gestion de Chacao, mais elle n’en est pas moins insuffisante. C’est certain, il a passé cette épreuve avec tous les honneurs, mais être le maire de cette commune – et encore moins à l’époque où il l’a été –   ce n’est pas ce qu’on appelle un défi politique. C’est comme être le président du Club Puerto Azul (ndt : grand complexe de loisir au bord de la mer près de Caracas) et c’est beaucoup plus facile que de s’en sortir comme recteur de l’Université Centrale du Venezuela.

Sa trajectoire en tant que dirigeant et homme de parti, en revanche, est plus erratique, ou, en tout cas, assez personnelle. Il a fondé Primero Justicia (ndt : D’abord la Justice), mais il en a démissionné juste avant les élections internes. Il a rebondi avec Un Nuevo Tiempo (ndt : Un Temps Nouveau), mais il en a été expulsé – d’après UNT, il en est parti de son plein gré) – pour finir par créer un parti à sa mesure dans lequel il est le principal dirigeant. Au sein – ou peut-être vaudrait-il mieux dire hors – de la MUD (ndt : Mesa de la Unidad, coalition de partis de gauche modérée, de centre et de centre droit), c’est un peu le poil à gratter. Ce 12 avril (ndt : Point d’orgue des manifestations étudiantes en 2014), par exemple, a été une entorse à l’accord pourtant consensuel pris au sein du mouvement moins d’un mois auparavant. Il est clair qu’il n’est pas homme à se sentir à l’aise en situation de subordination et que ce n’est pas quelqu’un de fiable pour le reste de l’équipe.

Cependant, il faut reconnaître sa force charismatique et ses qualités de leadership lorsqu’il est le protagoniste principal du show. Il est prouvé qu’aujourd’hui Voluntad Popular (ndt : son parti) et Leopoldo font presque l’unanimité dans la part d’opinion publique opposée au chavisme. Disons qu’en termes de captation de suffrages, López a fait ce que l’on peut appeler du bon boulot, même si ses méthodes sont peu orthodoxes et que le prix payé est très élevé.

En ce qui concerne l’effet produit sur la politique nationale, le problème pour le pays est tout autre, parce que supposer que Leopoldo López mérite maintenant d’occuper le Fauteuil de Miraflores (ndt : le Palais de Miraflores est le siège du gouvernement du Venezuela), c’est comme croire que Donald Trump peut être un bon président. C’est sur ce point que je perçois la similitude entre le « peuple chaviste » et le « peuple de l’opposition ». La réussite de Chávez, sans doute intuitive, a été de savoir stimuler le clitoris politique de la singularité vénézuelienne. Dans une certaine mesure, être chaviste, c’est être vénézuelien. Mais ce qui me terrorise le plus, c’est la similitude qu’il y a entre l’imaginaire vénézueloïde et la débilité du Parti Républicain.

Venezualité et immédiateté
Pour que le lecteur politiquement correct ne soit pas perturbé par les lignes qui suivent, nous devons mentionner qu’une généralisation ne signifie pas « tous », mais « une majorité significative » ; qu’on ne se libère pas nécessairement de ses préjugés ; et que les catégorisations sont indispensables parce que sans elles nous ne comprendrions rien de la vie, plongés que nous sommes dans chaque détail de la réalité. Ceci étant dit, poursuivons.

Nous, les Vénézuéliens, nous sommes désespérément impatients et constamment dans l’immédiateté. Nous ne comprenons pas la valeur de la maturation des processus. De la création par étapes. Des plans à long, et ni même à moyen terme. Nous voulons tout et tout de suite. Peut-être est-ce dû aux tropiques et à leur pluie de mangues ou bien aux (mal)heureux chocs pétroliers ; peu importe pourquoi, mais le fait est que, tous les matins, nous nous levons en espérant qu’arrive au grand galop un héro présidentiel, l’épée dans une main et la baguette magique dans l’autre, et qu’il impose justice et progrès sans que nous autres ayons rien d’autre à faire qu’ouvrir la bouche pour réclamer.

Cela s’est produit avec CAP (ndt : Carlos Andrés Pérez, qui fut Président du pays entre 1974 et 1979, puis entre 1989 et 1993, à l’époque des pétrodollars) et puis avec Chávez, et, depuis plus de dix-sept ans, c’est ce qui se passe avec ce peuple classemédiatique qui a débattu, qui s’est amouraché et qui a été déçu par des messies aussi improbables qu’Irene Saez, Carmona Estanga et, maintenant, Leopoldo López. Mais il se trouve que Leopoldo a plus de souffle que ceux qui l’ont précédé. Nous pouvons même admettre que quelques uns de ses « avantages concurrentiels », ceux avec lesquels il fait la « promotion » de son image, correspondent tout à fait à notre tradition récente de leadership : 1) il exige un changement immédiat de gouvernement (#L’Issue, la « Transition ») ; 2) il subit une peine de prison injuste ; 3) il propose une nouvelle constitution qui serait une panacée.  Ces atouts sont les mêmes que ceux grâce auxquels Hugo Chávez a émergé en 1998.

Entre la misère humaine et le reality show
Leopoldo López est une victime. Ne pas le crier aux quatre vents ou, pire, justifier son emprisonnement injuste et ouvertement pernicieux serait, pour le moins, misérable. Cependant, il est très grave de ne pas mesurer la cause et la dimension réelles de cette tragédie. Leopoldo est prisonnier non pas parce qu’il représente un danger réel pour le régime, ni parce que les chavistes sont complètement dingues, mais parce qu’au Venezuela, le Pouvoir Judiciaire est un reliquat médiéval. Leopoldo  López n’est qu’un citoyen de plus tombé dans le traquenard des tribunaux qui laissent impuni plus 90 % des homicides, des enlèvements, des viols et des attaques à main armée qui saignent le pays.  Si tu ne t’es pas encore rendu compte de cela, cher lecteur, je te suggère d’y réfléchir.

N’importe quel chaviste est convaincu que Leopoldo López est coupable. C’est un agent de la CIA, un « putchiste » (ironique, non ?), un apatride, un exploiteur et un assassin. Ça me semble correct, tout le monde a le droit d’avoir un avis. Moi, par exemple, je crois fermement que le Che Guevara – même s’il semble que sa mère ait été une sainte – était un fils de pute. Ce que je ne peux pas accepter c’est qu’il y ait été exécuté sans procès après s’être lui-même rendu (comme le lâche qu’il était). Il a pu être un guerrillero sanguinaire, mais au-delà même du respect des droits de l’homme, en l’honneur de l’intelligence de l’être civilisé, tout prisonnier doit bénéficier d’un jugement équitable.

C’est pour cela que je n’en finis pas d’être déçu par mes amis chavistes qui croient, ou veulent croire, qu’il y a dans la sentence de la juge Barreiros, aujourd’hui internationalement connue, une seule once de justice. C’est très bizarre. Quand tu discutes avec eux, ils déclarent sans en faire de mystère que la justice vénézuélienne est un désastre et que les « privés de liberté » (quel infâme euphémisme!) sont vraiment à plaindre, mais quand nous parlons du cas López, ils n’ont aucun doute, « justice a été rendue ! ».

Mais de l’autre côté, je suis surpris aussi par l’euphorie mélancolique que mes amis éprouvent pour l’infortune de López, dans la mesure où ils font de son martyr un exemple de lutte, qui serait pratiquement la seule à pouvoir être menée dans le pays. Leopoldo López est victime d’injustice parce que nous sommes (dé)gouvernés par une bande de sans scrupules machiavéliques. Mais il est aussi victime parce qu’il a choisi la voie de la provocation comme raccourci pour projeter sa carrière politique dans le vedettariat. Et il y est parvenu.

C’est très contradictoire, mais c’est le chavisme qui a alimenté l’aura de martyr de Leopoldo, D’abord en le « déclarant inapte » (quelle manière tordue de chiper les droits civiques des adversaires politiques), puis en le transformant en prisonnier politique. Mais lorsqu’on regarde les résultats, on est tenté de penser qu’il est tellement opportun pour le chavisme d’avoir une opposition schizophrénique et agitée – plutôt qu’une opposition faisant un patient travail populaire –, que l’on dirait que c’est de manière consciente et stratégique qu’ils ont fait de López une victime.

La promotion par le cachot
Tous les présidents de la démocratie vénézuélienne ont un jour été prisonnier politique.  Betancourt, Gallegos, Leoni, CAP et Luis Herrera ont été prisonniers sous des dictatures. Même Caldera a dormi une nuit derrière les barreaux et le jour suivant, à peine libéré, il a filé aux États Unis. Chávez s’est rendu après l’échec de sa tentative infructueuse et n’a jamais eu de procès puisque Caldera a fait traîner son dossier de façon très irresponsable si l’on considère que son opération militaire à Caracas s’était soldée par un nombre indéterminé de morts, quatorze selon les chiffres officiels, lesquels sont loin d’être fiables. Un procès équitable aurait été indispensable pour démêler les responsabilités et rendre justice aux victimes. Selon cette logique statistique, casi-hippique, Leopoldo López est maintenant un grand présidentiable.

Maduro semblerait être l’exception, mais comme nous ne sommes pas certains qu’il ait réellement gagné les élections ni qu’il soit vraiment vénézuélien, ça ne compte pas.

Je lis avec satisfaction que le Sénat chilien vient de condamner à l’unanimité la sentence rendue contre López. C’est particulièrement significatif parce que la motion a même été approuvée par les membres du Parti Socialiste. C’est une avancée que la communauté internationale commence enfin à agir avec un minimum d’éthique politique. Et on le doit au sacrifice de López, il faut le reconnaître, mais il faut aussi comprendre que la pression internationale (qui n’existe toujours pas, remarquez bien, puisque ceci n’en est, peut-être, que le prémisse), si elle est bien utile, ne suffit pas et est encore moins déterminante pour sa libération.

La seule chance pour López d’enfin voir la fin de son emprisonnement et de récupérer ses droits civiques, ce serait que le 6 décembre l’opposition l’emporte aux scrutins législatifs. De façon paradoxale, les élections qu’il n’a pas eu la patience d’attendre il y a presque deux ans, seront sa route vers la liberté. Ceci est le destin ironique du dirigeant le plus en vue de l’opposition vénézuélienne.

“Au Venezuela, il n’y a pas de prisonnier politique, mais des politiques pressés…” Cette phrase, l’une des phrases les plus répugnantes qu’ait jamais prononcée un soi-disant « défenseur du peuple », est sortie de la bouche de l’actuel ambassadeur du Venezuela au Vatican. Ce qui est certain c’est que l’histoire récente de la persécution politique dans notre pays est très spécifique, et c’est pour cela qu’il est si difficile pour les instances et les organismes internationaux de se prononcer dessus. La juge Afiuni est l’exemple parfait de cette singularité. Avant sa détention arbitraire (ou plus exactement aboutissement d’un caprice lunatique et despotique), elle ne s’était jamais prononcée politiquement contre le gouvernement. Pourtant, en plus d’avoir souffert de vexations et d’injustices, elle a fini par devenir une prisonnière politique.

Selon Amnesty International, « Les prisonniers politiques sont ceux qui, sans avoir fait usage de la violence et sans y avoir incité, sont privés de liberté au motif de leur race, de leur couleur, de leur sexe, de leur langue, de leur religion, de leur opinion politique, de leur nationalité ou de leur origine sociale, ou accusés d’avoir fait usage ou revendiqué les droits que leur accorde la Déclaration Universelle des Droits Humains ». C’est pour cela qu’il était si important pour le gouvernement d’accuser Leopoldo de promouvoir la violence au point délirant d’avoir soumis son dossier à l’opinion – professionnelle ? – d’une spécialiste en sémiotique, qui a établi que López a voulu dire l’exact contraire de ce qu’il a dit.

Par Jorge Sayegh

Source: http://www.contrapunto.com/noticia/la-tragedia-bufa-de-leopoldo-lopez/

Droits de publication cédés par l’auteur à Infovnzla
Traduit par: @infoVnzl

N’oublions pas!

N’oublions pas le député du Parti Socialiste Uni du Venezuela, Adel El Zabayar, qui est parti en Syrie lutter aux côtés de Bashir Al-Assad, alors que ce dernier utilisait des armes chimiques pour tuer des enfants sans défense. Le garçon mort et étendu sur une plage face contre terre est la conséquence directe de la politique internationale crapuleuse et immorale du Chavomadurisme. Le Venezuela a vendu du pétrole à la Syrie malgré l’embargo international et a été le seul pays à voter contre les inspections de l’ONU en Syrie. La posture de mon pays par rapport à la Syrie a été honteuse et irresponsable. Ses conséquences se sont matérialisées dans ce petit corps inerte et sans vie, jeté comme un haillon sur le sable, tandis que les hommes politiques ont la bouche pleine en parlant de paix et d’amour.

Vicente Ulive-Schnell

Droits de publication cédés par l’auteur à Infovnzla

Les Espagnols ne sont pas les Vénézuéliens de Claudia Martin Carmassi

 

Samedi, 6h45. Encore dans mon lit, j’allume le téléviseur avec l’espoir que le “ronron” de la télé me permette de dormir encore un petit moment. Je n’ai pas de chance, elle s’allume sur une chaîne d’information continue :

“- International : Au Venezuela, Daniel Caballos abandonne sa grève de la faim…

… et là, encore chaudement enveloppée dans les draps et plus endormie qu’éveillée, je me dis : “Bon sang… Le Venezuela me poursuit… ces derniers temps, il n’y pas un seul journal sans une nouvelle concernant le Venezuela”.

Alors, avec un bon café, je m’assois dans le canapé pour parcourir Facebook :

Première publication : Photo d’une pomme verte, emballée avec sa petite assiette, son film plastique et son étiquette : 1 029,50Bs (Ndt : Bolivar, monnaie vénézuélienne). Le commentaire dit : “Au Venezuela, le salaire minimum équivaut à sept pommes”.

Justement hier soir, je discutais avec Alejandro qui est à Memphis depuis environ deux mois et nous étions d’accord sur le peu d’espoir que nous avions tous les deux de voir les choses s’arranger au Venezuela. Il me disait combien il était heureux de voir à nouveau sa fille et comme il profitait pleinement de ce temps passé loin de Caracas ; il me disait que s’il devait y retourner, la seule chose que cela lui apporterait ce serait une “triple dépression qui finirait par le faire aller s’immoler au milieu de l’Assemblée Nationale”.

Je continue…

Une photo d’Anne à Oslo et une autre de Samuel à Miami, mes amis de fac. Tous les deux ont quitté Madrid il y a peu de temps à quelques jours d’intervalle. La crise a obligé ces familles à émigrer pour la deuxième fois et j’ai le cœur qui se serre en pensant à combien ils me manquent déjà. “Il n’y a pas d’endroit parfait dans ce monde”, me dis-je, “et s’il existe, il a un climat de merde et les gens s’y suicident d’ennui”.

J’attaque la lecture du journal. Dans “El Pais”, le gros titre d’aujourd’hui c’est “Manuela Carmena, maire de Madrid” et là, un sentiment contradictoire me saisit. D’un côté, la joie de savoir que le Partido Popular avec sa clique de corrompus ne gouvernera plus la ville, et de l’autre, le scepticisme que provoquent en moi les nouveaux venus et leur lien avec “l’épouvantail” appelé Podemos.

Je me souviens des conversations que j’ai eues avec mes amis espagnols, Jesus et Luis, juste après les dernières élections municipales du 24 mai. “L’Espagne, ce n’est pas le Venezuela” leur ai-je dit, même si ce qui se passe aujourd’hui dans la Mère Patrie ressemble beaucoup à ce qui s’est passé dans mon pays en 1998 ; je leur ai alors donné mon humble point de vue pour apaiser la peur que les médias voulaient leur insuffler :

“La grande différence ce sont les gens. Le délabrement culturel du Vénézuélien fait partie intégrante de son ADN depuis longtemps, depuis bien avant l’arrivée de Chavez.

La corruption a toujours été présente, à tous les niveaux. Tous, d’une façon ou d’une autre, nous l’avons pratiquée ou bien nous avons été complices de ce qui aujourd’hui apparaît être sans solution.

Il y a quinze ans, pour moi, il était “normal” d’épargner en dollars. S’il fallait obtenir un passeport, devoir payer celui qui était “habilité” à rendre ce service n’était pas un problème. Si tu allais à la plage, tu achetais un pack de six bières Polarcitas et tu les buvais tout en conduisant… sans la ceinture, évidemment. Tu voulais faire une fête chez toi, tu mettais la musique à fond jusqu’à six heures du mat’.

Aujourd’hui, on continue à “jouer” avec le contrôle des changes pour maintenir son train de vie, on traficote créant ainsi un cercle vicieux avec le contrôle des prix et les pénuries. La délinquance est devenue un cancer à métastases et la violence semble être devenue le seul moyen de résoudre les conflits. Une surdité chronique fait disparaître tout espoir de dialogue ou d’accord, et le “enlève-toi de là que je m’y mette” est notre pain quotidien.

Nous, les Vénézuéliens, nous sommes comme des adolescents sans parents pour nous contraindre ; nos parents n’ont jamais prêché par l’exemple et, une bouteille de whisky à la main, ils peuvent nous dire “ne bois pas”, et s’ils s’énervent, ils peuvent nous tomber dessus et nous taper dessus.

L’Espagne n’est pas le Venezuela. Les Espagnols ne sont pas les Vénézuéliens.”

J’ai terminé mon café, je retourne donc m’en faire un autre et à l’instant où je vois tomber ce si précieux liquide blanc qui me permet d’obtenir la coloration parfaite d’un café “au lait foncé”, je me pose cette question : que deviendrais-je si je retournais au Venezuela ?”

M’envahit alors le souvenir de la peur, cette sensation qui te paralyse et qui te retourne l’estomac. La peur, cette putain de peur, elle s’empare de toi quand tu te décides à devenir parent, et quand tu en prends conscience, elle te fait monter dans un avion et fuir, elle te fait tout recommencer et apprendre à devenir quelqu’un d’autre.

  • “Maman… maman… MAMAAANNN”
  • QU’Y A-T-IL ? je réponds en sursautant de peur.
  • Je vais faire du vélo dans la rue…

Je reviens à mon café froid et à mes quinze années en tant qu’Espagnole, à la crise, oui, et aux impôts, mais aussi à l’ordre et à la sécurité, au recyclage, au fait de ne pas fumer dans les lieux publics, de respecter l’autre, à la ceinture de sécurité et aux contrôles d’alcoolémie, aux rues propres, aux hôpitaux et aux écoles publiques, aux autoroutes, au fait que lorsqu’un policier m’arrête, je ne me dis pas “combien ça va me coûter pour m’en débarrasser” (ni qu’ils sont tous formidables, c’est sûr), à l’image d’un ex-ministre de l’économie emprisonné, à “ça c’est normal, c’est le reste qui est un cauchemar”. Les Espagnols ne sont pas les Vénézuéliens.

Les battements de mon cœur ayant repris leur cours normal, je troque le “Ne pense même pas sortir” pour un :

  • Mets ton casque, mon chéri… On ne sait jamais.
  • Pffff, le casque ?….. Bon, d’accord maman.

 

Claudia Martin Carmassi

PS : Alors que j’écris ces mots, mon ami Marine est parti vers des horizons plus cléments, où il pourra voir à quoi ressemblent les crabes bleus de Higuerote tout en buvant un mojito. Profites-en bien mon ami !

 

Droits de publication cédés par l’auteure à Infovnzla

 

 

J’étais un foie

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Par Leonardo Padrón

leonardopadron.com – Mayo 25, 2014

« Maman, tu es là ? » demanda une voix à peine audible. « Oui ma fille, je suis là » répondit Gloria à sa cadette. Elles n’étaient qu’à 2m l’une de l’autre, mais ne pouvaient pas le voir car avaient les yeux bandés : Gloria avec un chiffon puant ; sa fille avec son propre sweat-shirt, le même qu’elle portait le jour où l’armée l’avait arrêtée dans la rue de Rubio, Etat de Táchira. Sa fille soupira, soulagée. Elle était en plein cauchemar et savoir sa mère avec elle lui rendait la situation moins amère.

Le mercredi 19 Mars, comme à son ordinaire depuis qu’elle était au chômage, Gloria Tobón, 47 ans, resta à batailler avec le remue-ménage de son foyer. Katheriin sa fille était, quant à elle, allée travailler au magasin de bijoux fantaisie où elle gagnait un salaire de 3.500 Bs par mois ; salaire qui suffisait à peine à leur survie ainsi qu’aux trois petits-enfants de Gloria (le plus agé de 7ans, la plus jeune de 4ans). La mère de ces enfants les avait abandonnés pour suivre un homme : Gloria n’avait alors pas perdu de temps à se plaindre et s’était mise à élever ses petits-enfants. Mais ça, c’est une autre histoire. Ce mercredi donc, l’Etat complet de Táchira grognait de protestations contre le gouvernement national.

Katheriin (avec deux « i ») l’appela à 9h30 ce matin, et lui raconta que des « motorizados » avaient débarqués au magasin en leur indiquant qu’il fallait fermer. Du coup, elles en profiteraient pour aller faire des courses à San Cristobal : « On ne trouve rien à Rubio, si vous saviez, c’est malheureux », me commente Gloria. Yamilet, une autre de ses filles, resta à garder les enfants. « Nous nous sommes mises d’accord pour nous retrouver à la pharmacie. Il y avait une manifestation pacifique. D’ailleurs, certains jeunes étaient même en train de discuter avec la police. Un des soldats me dit de ne pas aller à San Cristobal parce qu’il y avait du grabuge là-bas. Du coup, nous nous sommes assises un instant pour soutenir la manifestation ». Gloria parle avec un accent des Andes bien marqué. Sa voix a la douceur des montagnes. Seuls les rochers très escarpés se fissurent.

Elles n’eurent pas à attendre longtemps avant qu’une nuée de « motorizados » fasse son apparition, me raconte-t-elle. Elle parle de plus d’une vingtaine, accompagnés chacun de leur passager. « Ils s’en sont pris à tout le monde. Nous nous sommes mises à courir et j’ai entendu des cris affolés. Je me suis retournée pour voir: c’était une jeune fille, ils la giflaient horriblement. Ils l’ont attrapée par les cheveux et allaient la traîner par terre avec leur moto. J’ai alors rebroussé chemin pour la défendre. » Un geste intolérable pour ces milices. L’un d’entre eux descendit alors de sa moto et la poussa contre le grillage du terminal d’autobus. Il la rua de coups de pieds. Un. Deux. Trois. Beaucoup de fois. Un autre lui mit un pistolet à la tempe. Le premier, hors de lui, lui criait : « Tue là, tue cette chienne. Tire ! ». Katheriin intervint. Mon Dieu, c’était sa mère. Les hommes dirigèrent alors leur violence sur la jeune fille d’à peine 21 ans. « Ils la frappèrent beaucoup. Je leur criais qu’ils me tuent moi et qu’ils la laissent». Mère et fille en défense acharnée l’une pour l’autre. La rue toute entière était un chaos. Les soldats reportèrent leurs coups sur d’autres personnes. Quelqu’un les sortit toutes les deux de là en moto jusqu’à l’entrée de Rubio. « Nous sommes allées chez la belle-mère de ma sœur pour nous remettre de notre frayeur ». Le pire était à venir.

***

Bien plus tard, elles rassemblèrent leur courage et sortirent pour rentrer chez elles. Mais survint alors un nouvel assaut : « Nous nous sommes tous mis à courir une fois encore. Au milieu de la cohue, j’ai perdu ma fille ». Elle désespérait. Elle criait son nom. Elle courrait dans tous les sens. Les autorités étaient une meute affamée. Elle vit la grille ouverte d’une maison et entra. Les habitants la jetèrent dehors. Ils la remirent aux militaires. « L’un commença à m’étrangler. Je m’asphyxiais. Un autre me jeta du vinaigre au visage : « Tu aimes le vinaigre, sale rebelle ! Ouvre les yeux ! ». Une femme en uniforme lui administra une autre ration de coups. Ils la jetèrent dans une camionnette, tête la première. « On va voir si quand on te mettra de l’électricité tu vas nous dire qui te finance ». Elle n’y comprenait rien. Tandis qu’ils l’emportaient, détenue, elle ne pensait qu’à sa fille.

***

A peine entra-t-elle dans la pièce qu’elle vit Katheriin, les yeux bandés, pieds nus. Mais elle n’eut le temps de rien. Ils la transférèrent dans une autre pièce : « Là, ils me jetaient de l’eau dessus. C’était tout le temps. Ensuite ils m’infligèrent des décharges électriques dans les ongles et dans les pieds. Des coups de courant très forts. Ils me le firent aussi aux seins… »

(Gloria se tut, les mots coincés dans la gorge, dans la salive, dans son souvenir. Elle se mit à pleurer, comme brisée en mille morceaux. Elle me demanda pardon : « ah, excusez-moi, c’est tellement dur ». Raconter les faits lui faisait exhumer la panique. Elle reprit son souffle. Et continua.)

« Alors une femme est arrivée et a fait des reproches aux soldats. Elle m’a réunie avec ma fille. Là on a été menottées. Et ils nous ont transférées à une autre pièce, l’une après l’autre. Ils nous prirent en photo. Je ne savais pas pourquoi faire. Chaque fois qu’ils amenaient un étudiant détenu, c’était horrible, les cris, ce qu’ils lui faisaient. Ils ont obligé ma fille à les regarder frapper un jeune, un infirmier. Katheriin le connaissait. Ils l’ont mis à genoux et lui donnaient des coups de pieds au visage. Ils lui ont cassé le nez et presque la moitié des dents. Il saignait tant, que ma fille s’est presque évanouie. Ils se sont moqués d’elle. Ils disaient : « Maudits, on va vous jeter dans une fosse, on va vous réduire en miettes ! ». Ils dirent à ma fille qu’ils allaient l’envoyer à la prison de Santa Ana pour qu’un chef de bande la viole. Moi, je n’arrêtais pas de pleurer, j’avais trop peur. J’ai été pendant 12 heures les yeux bandés, vous imaginez. A n’importe quel moment, ils passaient et nous frappaient. Il y en avait un qui se mettait debout sur les pieds nus de ma fille, juste par plaisir. Ils prenaient nos téléphones et y écrivaient des choses horribles. Quand on m’appelait, ils répondaient que j’étais déjà morte ». Gloria se retint. Les larmes la firent taire encore une fois. Elles bloquèrent les phrases. Quand elle se tait, c’est dévastateur.

A minuit, le maire de Rubio et plusieurs conseillers municipaux vinrent pour voir l’état des détenus. Avant, les soldats s’étaient chargés de les démenotter, de leur débander les yeux, de nettoyer leurs coups et de les coiffer. Ils avaient habillé les étudiants de n’importe quel vêtement leur passant sous la main. L’un des conseillers municipaux, en voyant l’état de la mère et sa fille, n’hésita pas à proposer au sergent : « Je m’échange contre ces deux femmes », ce qui fut totalement ignoré. A deux heures du matin, le CICPC (note : Corps d’investigation scientifique, pénale et criminelle) arriva. Ils voulurent faire signer une décharge à Gloria, reconnaissant que tous ses droits avaient été respectés. Elle s’indigna, dit qu’elle n’allait pas signer parce que c’était faux. Trop faux. Au passage, Yamilet lui avait rapporté à un moment où elles avaient pu communiquer, qu’un garde avait posté sur facebook une photo d’elle les yeux bandés, entourée de cocktails Molotov, de mortiers, de clous et de bouteilles de vinaigre. Carte postale terroriste.

***

Il y avait 22 détenus, deux professeurs, un photographe, des étudiants, des gens qui ne protestaient pas et un handicapé dont la jambe était pleine de balles en caoutchouc. Elles furent montées dans un convoi. Ils les transportèrent accroupies. Gloria avait un pied sur sa tête : « Cette maudite chienne est bien là » dirent-ils. Ils leur volèrent les 2600 Bs. qu’elles avaient emportés pour faire les courses. Ils les menèrent jusqu’à la préfecture de San Antonio de Táchira. Elles y restèrent 3 jours détenues. Elles ne purent jamais voir leur famille. Elles eurent pour toute nourriture du riz. Du riz. Du riz. Du riz. « Nous sommes restées du mercredi au vendredi, assises, sans pouvoir nous allonger, sans nous laver ni nous changer. Ils disaient qu’ils allaient nous faire un procès militaire, imaginez. Nous, on n’y comprenait rien. Un procès pour quoi ? Ils voulaient nous transférer au Centre pénitencier de Barinas. »

« Maman, j’ai peur ». « Moi aussi, ma fille. Prions ».

***

Enfin, grâce à la proactivité inouïe des avocats du barreau pénal vénézuélien, elles arrivèrent à sortir. Elles bénéficient d’une mesure préventive. Mère et fille doivent se présenter tous les 24 de chaque mois au procureur de San Antonio.

Gloria, en dépit de tout cela, est irréductible. « Je voulais me plaindre parce mes droits ont été violés ». Elle raconte que sa fille, terrifiée, la suppliait : « Maman, nous sommes très humbles, nous sommes très pauvres : qui nous écoutera ? ». La juge lui donna un argument supplémentaire : si elle se plaignait, tout serait bien pire.

Je lui demande s’il lui semble plus approprié que j’utilise un pseudonyme pour cette chronique. « Peu importe que vous donniez mon nom. Je veux éviter qu’aucun autre vénézuélien ne connaisse cela». Je reste silencieux. « Bien sûr », répondis-je à peine.

Elle me parle de ses séquelles. Des contusions, des coups internes, l’inflammation d’une cervicale, le déboîtement d’une épaule. Et le sommeil, qui s’est enfui elle ne sait où. Elle a toujours quelques bleus sur la poitrine. Alors elle lâche une phrase résumant toute la violence : « J’étais un foie… mon visage était un monstre ».

Je lui demande : « Avez-vous peur ? ». Elle me confesse qu’elle craint qu’à l’une de ses présentations au procureur elle ne reste détenue. « Vous ne préférez pas taire cela ? » insisté-je. « Tout cela doit être connu », explique-t-elle. Je notais son nom pour une deuxième fois : Gloria Tobón.

« J’ai fait des études pendant 4 ans. J’ai travaillé comme pâtissière, comme agent d’entretien, des choses comme ça. Maintenant, je suis une poursuivie politique : qu’en pensez-vous ? ». Un de ses petits-enfants la réclame en pleurant avec persistance. Lorsque nous terminons de parler, je me penche par la fenêtre. Dans la rue, je vois la pancarte : « Maduro c’est le peuple ».

Il s’agit d’une seule des 160 histoires de torture qui n’ont jamais été rapportées par les chaînes télévisées nationales.

 

Source d’origine: Padrón, Leonardo.”Yo era un hígado”. leonardopadron.com. Mai 25, 2014.

http://leonardopadron.com/yo-era-un-higado-2/

Traduit par: #infoVnzla

@infoVnzl

 

Traduire le López

Par ALBERTO BARRERA TYSZKA

El Nacional (Caracas) – 8 juin 2014

Dans une magnifique chronique parue cette semaine dans ce même journal,  Hernán Lugo-Galicia nous raconte qu’un « rapport de 120 pages rédigé par un ex-fonctionnaire du Ministère du Pouvoir Populaire de la Communication et de l’Information, expert en sémiologie, est l’élément clé des poursuites » judiciaires engagées contre Leopoldo López[1]. Déjà le 19 février dernier, très peu de temps après le début des événements, la procureure générale, Luisa Ortega Díaz, avait affirmé que la justice allait enquêter sur les « messages subliminaux » afin d’atteindre et d’arrêter les « auteurs intellectuels » de manifestations lesquelles, bien entendu, n’étaient déjà plus des manifestations mais des crimes.

Le passage de la justice à l’interprétariat est un symptôme de l’effondrement institutionnel que nous sommes en train de vivre. Pour établir la vérité, pas besoin de rechercher les faits et de présenter des preuves ; il suffit de savoir interpréter ce que le suspect a dit, ce qu’il a voulu dire, ce qu’il a dit en réalité par des sous-entendus, ce qu’il n’a pas dit mais qu’en fait, si, il a dit d’une autre manière… Devant l’insuffisance des éléments factuels, devant la carence de preuves déterminantes, on en arrive à faire une exégèse dédiée pour qu’au final ce soit ses propres mots qui l’accusent. Pour condamner López, il faut traduire le López.

C’est un précédent catastrophique, un pas de plus dans le projet autoritariste du gouvernement. Le chavisme a mis des années à construire un nouveau type de dictature, une société disciplinée, régie par la surveillance mutuelle et par la peur. Ils ont amené l’autocensure dans l’intimité. Fais attention à ce que tu dis. Cela peut être interprété n’importe comment. Attention. Tu ne contrôles même pas ta propre parole.

Observé avec une certaine distance, c’est un processus délirant. Un jour, dans le futur, une future Inés Quintero[2] se penchera et enquêtera sur les ruines de ces jours-là et elle en restera bouche bée. Un Haut Commandement Politique auto-désigné d’une révolution autoproclamée s’assied devant un micro et dénonce une tentative d’assassinat et de coup d’état. Les preuves fournies sont, chose nouvelle, un exercice d’interprétation du langage. Des courriers sortis de leur contexte, des passages surlignés en jaune, transforment la tête du régime en comité d’analyse littéraire. Mais ils ne présentent aucune phrase décisive, aucune mention d’un plan concret, aucune référence à un quelconque groupe de combat, aucun nom de général ni de commandant. Quant à certains extraits, franchement, ils établissent bien plutôt une banale correspondance entre deux citoyens d’un pays expert en chamailleries.

Mais le Haut Commandement Politique se transforme vite en club d’anciennes élèves des sœurs ursulines et dénonce le scandaleux verbe « annhiler ». Ils agitent le mot en l’air comme s’il s’agissait d’une arme mortelle. L’affaire ne serait pas si paradoxale si le chavisme ne s’était pas justement illustré par l’utilisation d’un langage belliqueux et immodéré, se mettant dans un état de menace permanent. Il serait intéressant de préparer l’anthologie des verbes dangereux, des phrases dignes de soupçon de ce gouvernement. En février 2012, pour ne pas aller trop loin, le président Chavez lui-même, sur la chaîne nationale, a dit qu’il allait « pulvériser » Henrique Capriles[3]. Où était donc la procureure générale ce jour-là ?

Nous pourrions aussi aider la justice dans sa chasse aux « messages subliminaux ». Juste un exemple qui n’en finit pas de m’étonner : lorsque Ernesto Villegas, après sa déroute électorale, a été nommé ministre de la Transformation de Caracas, Maduro a lancé une immense baffe subliminale à tous les habitants de Caracas. Bien au-delà du seuil de la conscience, il nous a dit : « Vos suffrages, je m’en contrefous. La démocratie, c’est moi. »

L’industrie de la vérité officielle est de nouveau en marche. Sans donner de preuves convaincantes, du jour au lendemain, ils s’expriment comme si toutes les accusations avaient déjà été étayées et archi-démontrées. Ils convertissent la vérité en un sujet sensible qui n’a aucun rapport avec la rationalité. Peu importe ce que dit l’opposition. Le gouvernement répète, que tout au fond, l’opposition dit autre chose. Même avant que tu te sois exprimé, le pouvoir t’a déjà traduit !

 

Source : Alberto BARRERA TYSZKA. “Traduciendo a López”. 08/06/2014.  Site : el-nacional.com. Article consulté le 12/06/2014.

http://www.el-nacional.com/opinion/Traduciendo-Lopez_0_422957747.html#.U5P8KwD43lA.facebook

 

Traduit par: #infoVnzla

@infoVnzl

 

[1]Leopoldo López est l’un des dirigeants de l’opposition au régime de Maduro. Incarcéré depuis la mi-février 2014, il est soupçonné de fomenter la révolte des étudiants.

[2]Inés Quintero est une historienne venezuélienne contemporaine.

[3]Henrique Capriles est lui aussi un membre de l’opposition.

« UNE RENCONTRE AVEC RAYMA »

Dossier spécial de infovnzla rédigé par Paula Cadenas et publié le 19 mai 2014.

Dessiner, un travail pour les braves.
Rayma

Le 6 avril dernier, par un dimanche de printemps ensoleillé, avec ma petite famille, à Montpellier (France), je suis allée voir une exposition consacrée aux caricaturistes. Rendez-vous dans un lieu pas banal, « Pierresvives », œuvre polémique construite récemment pour donner accès au patrimoine aux déshérités des banlieues. Une construction exceptionnelle avant-gardiste, conçue par le groupe Zaha Hadid, architecte anglo-iraquienne qui a étendu son métissage à tout son travail et qui cherche à communiquer en déconstruisant les structures. Les objectifs de ce lieu : accueillir les archives départementales et l’énorme service des sports, mais aussi mettre à disposition des médiathèques communales du département un matériel culturel riche et varié, dans l’une des meilleures infrastructures de la région.

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C’est dans ce lieu pensé par une femme au service de la mémoire et de l’exercice de la citoyenneté d’un pays développé qu’a eu lieu la rencontre avec Rayma Suprani. Je crois que tous ceux d’entre nous qui avons connu la vie quotidienne du Venezuela, nous nous sentons proches d’elle et cela depuis plus de quinze ans. Jour après jour, elle essaie de démonter et de désarticuler les idées, les clichés et les informations avec génie et humour. Son œuvre peut sans doute, comme celle de Zaha Hadid, s’inscrire dans le déconstructionnisme : sauf que la sienne, celle de la caricaturiste, se trouve être dans le registre du petit, du quotidien, du ‘mineur’. Et nous ne sommes pas peu à nous être posés des questions sur ce talent qui permet de synthétiser en une seule image l’information, la réflexion, un savoir, et de le faire en plus avec humour. Plus d’une fois j’ai entendu chez moi ou au bureau quelqu’un dire « Mais comment fait-elle ? » sans réussir à imaginer son imagination. Maintenant que j’y pense, la proximité que nous ressentons s’est construite à partir de ses caricatures, ces surprenants petits cadeaux quotidiens. Sans doute son visage était-il, jusqu’à il y a peu de temps, moins reconnaissable que son coup de crayon. Je m’aventure à penser qu’elle aussi, comme de nombreux travailleurs, gagne en force et en autorité et qu’elle – tout comme ses créations – s’affirme toujours plus à mesure que le conflit s’éternise au Venezuela. Au cours de ces quinze dernières années, nous avons aussi vu apparaître le personnage de Rayma.

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Alors ce jour-là, nous sommes allés à cette grande rencontre de caricaturistes pour aller embrasser cette batailleuse tenace dont les armes sont pinceau, papier et crayon, et non pas particulièrement pour l’événement en lui-même ni même pour son thème. Pourtant, en arrivant là-bas, nous avons découvert que la rencontre “L’Herault trait libre 2014” était consacrée aux femmes, aux femme victimes, mais aussi aux activistes. Et quoi de mieux que cet art aiguisé pour délivrer ce double message ?

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Une fois à l’intérieur, l’accueil nous surprend immédiatement : à une extrémité de la salle, des caricaturistes fébriles dessinent des dédicaces, et de l’autre côté, deux femmes s’emploient à noircir avec des traits parsemés de rouge une immense surface blanche. L’une est de Tunisie : elle affirme découvrir tout juste l’ouverture démocratique ; l’autre est du Venezuela : elle s’emploie à montrer la fermeture autocratique qui circonscrit et met sous pression peu à peu son pays. Des pochettes de marqueurs et deux silhouettes qui s’affairent.

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C’est là que nous avons localisé Rayma, nous, la paire d’exilés vénézuéliens, réfugiés ici depuis plus de quatre ans, et que nous avons ressenti pour la première fois un autre genre de retrouvailles. Non seulement celles des sentiments, mais celles des compatriotes qui souffrent différemment de la même chose. La tragédie entre le vu d’ici et le vu de là-bas, et dont on ne souffre pas de la même façon. De ce moment-là, je garde et je chéris l’énorme embrassade de Rayma, son énergie ! Et cette exposition mérite, je le pense, un aparté.

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Je peux vous dire qu’elle n’est pas encore terminée et qu’ils ont dédié un bel espace de l’exposition à la persécution que subit Rayma au Venezuela, les menaces de mort et la campagne menée pour elle par Amnistie Internationale. Ce fut une rencontre enthousiaste et précipitée, nous nous sommes dit adieu le lendemain à la gare ; autour d’un café nous avons énoncé idées et projets avec l’énorme envie de continuer à agir. Nous nous sommes serrés dans les bras sachant que face à tant de barbarie cela nous rend un peu plus infatigable, ou en tout cas désireux de l’être. Elle allait à Barcelone, à Paris puis elle rentrait au Venezuela. A chaque endroit l’attendait et l’attend un ami qui agit, en prenant des photos, en collant des coupures de presse, en traduisant, en écrivant, en s’affairant, comme s’il voulait retenir ce qui se passe, l’enregistrer et tout au moins le dénoncer.

http://cartoons.arte.tv/rayma-suprani-venezuela/

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Chacune des initiatives de ces caricaturistes ne reste pas ici, dans un coin de Pierresvives. Échanges, revues de presse, expositions sont promus par une organisation dirigée par Plantu, caricaturiste et véritable institution en France : “Cartooning for peace”/Dessins pour la paix”, créée en 2006 au siège de l’ONU à l’époque de Kofi Annan, après deux jours riches en conférences ayant pour thème « désapprendre l’intolérance ». Beaucoup de travail a, depuis, été accompli à travers le monde avec la multiplication de manifestations.

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Quelques jours plus tard, alors qu’elle était à Paris, Rayma allait apprendre que le documentaire, racontant la vie de douze caricaturistes de New York à Moscou en passant par Caracas, avait été sélectionné pour être projeté et promu à Cannes cette année.

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Oui, le documentaire de Stéphanie Valloatto, “Caricaturistes, fantassins de la démocracie” , s’efforce de suivre les formes que prennent la censure et la confiscation de la liberté d’expression dans certains pays, en Russie et au Venezuela entre autres. Et ce film qui nous parle de ces héros particuliers, nos post-modernes à nous – qui semblent s’organiser mieux que n’importe quelle institution politique -, fait partie de la sélection officielle de Cannes. Il en résulte que, elle, la journaliste contemporaine, caricaturiste par passion au quotidien El Universal au Venezuela – menacée de mort et soutenue par une campagne d’Amnistie – se retrouve aujourd’hui à Cannes. Le reste a été comme un vertige pour elle, peut-être comme la lamentable escalade de violence qui affecte notre pays. De fait, son travail semble se renforcer tout comme son rôle, et elle développe en ce moment une série de cartes de tarot chargée de la force déconstructiviste de cette histoire qui est la nôtre et qui, je crois, restera dans les mémoires.

Ce 18 mai, un mois plus tard, elle revient donc sous le soleil de la Méditerranée par la grande porte, et là-bas, au Festival de Cannes seront projetés quelques instants de sa vie quotidienne, instants qui sont aussi un peu les nôtres. Au milieu de ce vertigineux aller et retour, il y a seulement quelques jours, le visage et l’allure déjà ouvertement déterminés, toujours avec cette timidité généreuse si particulière, Rayma Suprani a laissé une note sur Facebook (le 12 mai 2014). Et sans même pouvoir nous imaginer ce que sont les jours de Rayma, c’est avec ce message que nous refermons ou plutôt nous cherchons à ouvrir l’hommage qu’infovnzla lui rend aujourd’hui, en l’accompagnant ici dans sa bataille intègre pour la liberté :

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Et voici la lettre qu’elle nous jette aujourd’hui sur le chemin du tapis rouge…

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Source : Cadenas, Paula.”Un encuentro con Rayma”. 19 mai 2014.

Produite et traduit par #infovnzla

@infoVnzl

Art. en español,  in english.

“Bonjour. Je suis Teodoro Petkoff et je vous demande à peine une minute.”

Vie, militance et journalisme…

Teodoro Petkoff, 82 ans, d’origine juive, père bulgare et mère polonaise, est une figure de la gauche vénézuélienne. Intoxiqué par la révolution cubaine, il se joint depuis très jeune aux files du Parti Communiste et atteint  rapidement des postes au sein de la direction du parti. Il fait partie des mouvements étudiants de résistance  contre le régime du Marcos Pérez Jiménez.

Dans les années  60 il participe à la guérilla sous les ordres de Douglas Bravo. Il est incarcéré plusieurs fois, et à deux reprises il réussit à s’évader, une des fois en faisant du rappel depuis le septième étage d’un hôpital. Sur cet épisode de son histoire Teodoro reconnaît que « Politiquement, ce fut une erreur trop grave pour qu’on puisse la revendiquer au nom de quoi que ce soit. Une erreur gravissime qui coûta des vies, des années de prison, qui fit un tort énorme à la gauche. »

Ibsen Martínez, dramaturge vénézuélien, raconte dans son article Petkoff n’a pas peur du temps (El País, 29/04/2014): “Petkoff devint rapidement  icône et modèle pour le révisionnisme marxiste latino-américain quand, en 1971, de la main d’un groupe distingué d’ancien camarades, il s’est séparé du Parti Communiste pour fonder un nouveau parti, d’orientation modérée. A cette époque là, Gabriel García Márquez l’a financé en donnant le montant complet du  prix littéraire Rómulo Gallegos pour son oeuvre « Cent Ans de Solitude », destiné à l’achat d’une rotative pour le parti nouvellement fondé. Dans le processus, Petkoff a été critiqué par des figures importantes du  stalinisme international, tels le premier soviétique Leonid Brézhnev et le philosophe français Jean-Paul Sartre (…), Pendant le temps où ma génération était jeune elle a eu en Teodoro Petkoff le modèle à émuler qui a dirigé notre attention non vers le Mai ’68 français, mais vers le Printemps de Prague, nous poussant ainsi  vers une disposition de ‘centre-gauche libérale’ qui ne nous a pas abandonnée depuis.”

Le parti auquel fait référence Martínez est le Mouvement au Socialisme (MAS), avec lequel Petkoff se présenta à deux élections présidentielles en 1983 et 1988 et en 1990 il est nommé, par Rafael Caldera, Ministre de la Planification. En 1998, 27 ans après la fondation du MAS et en désaccord avec leur décision de soutenir la candidature présidentielle du lieutenant colonel Hugo Chávez Frías, Petkoff décide d’abandonner le MAS y de se consacrer au journalisme.

Il commence à travailler comme Directeur du journal du soir El Mundo. “Petkoff ne serait pas, cependant, la figure tutélaire d’un journal qui fait des (enroques de plantilla) rotations du personnel et suggère des changements de mise en page qui ne mènent à rien. Son esprit infatigable, provocateur et innovateur a emmené ce journal menacé non seulement à augmenter sa circulation de façon spectaculaire, mais aussi à ce qu’il devienne la pépinière de toute une génération de jeunes journalistes de recherche qui brillent actuellement dans la bataille du journalisme indépendant vénézuélien contre les agressions du régime de Maduro.” (Martínez, El País, 29/04/2014). Mais éditoriaux et titulaires n’ont pas tardé à se retrouver dans la ligne de mire du Président  Chávez qui finirait par exercer des pressions sur la Cadena Capriles jusqu’à obtenir la démission de Petkoff. Néanmoins, Teodoro ne s’éloigne pas du monde du journalisme. “Il a bougé ciel et terre et, avec l’aide de beaucoup de ses amis, peu de temps après apparaît « Tal Cual », important journal du matin qui circule encore actuellement au milieu des attaques les plus violentes contre la liberté d’expression que le Venezuela ait vu depuis cinquante ans.” (Martínez, El País, 29/04/2014).

Teodoro et le chavismo

Comme signalé par Paulo A. Paranagua dans son article Le Combat de Teodoro Petkoff pour la liberté au Venezuela (Le Monde 22/04/2014), Teodoro Petkoff dans son livre “Les Deux Gauches” (Las dos izquierdas, Alfadil 2005) a été un des premiers à identifier et différentier les deux gauches latino-américaines. “Une gauche archaïque, conservatrice, faussement radicale, autoritaire et messianique” représentée par Chávez et ses alliés bolivariens; opposée a une “gauche moderne” capable de combiner “le réformisme, la sensibilité sociale, le développement économique égalitaire et l’accroissement de la démocratie” au pouvoir au Chili, Brésil et Uruguay.2

Teodoro Petkoff “a été un critique un peu étrange pour le chavisme, car il n’a jamais été conservateur. Il a loué Chávez pour avoir placé la pauvreté et la question socialiste à la tête de sa liste de priorités. Mais il s’est longtemps inquieté par le virage de Chavez vers le totalitarisme”3. Il existe aujourd’hui ouvertement la volonté du gouvernement de Chavez de contrôler nos actes et même notre pensée4, et à cause de la polarisation d’un discours quotidien de haine qui peut emmener à une escalade de la violence.

Concernant le successeur de Chavez, Petkoff indique “Nicolás Maduro essaye d’affirmer son pouvoir en utilisant un langage agressif qui disqualifie l’opposition, car il essaye de reproduire le modèle du pouvoir chaviste. Mais Chávez avait un style en accord avec sa personnalité, tandis que Maduro est un imposteur, devenu président par hasard à cause de la maladie et mort de son mentor. Maduro n’a ni la force militaire de Chavez ni sa popularité. Pendant des années, il n’était qu’un bureaucrate. “Les Cubains n’ont pas imposé Maduro, ce genre de décision revenait à Chavez, il ne recevait pas d’ordres. Maduro a été choisi parce que il était le plus inoffensif, contrairement à Diosdado Cabello, le président de l’Assemblée nationale. Diosdado joue son propre jeu, mais se garde d’entrer en conflit ouvert avec Maduro, surtout maintenant. Pour défendre le chavisme ils doivent étouffer toute divergence. Leur rivalité larvée s’exprimera le moment venu. D’autant plus que l’érosion permanente de l’électorat chaviste se poursuivra.”(Le Monde, 22/04/2014)

La cause de Diosdado Cabello contre Teodoro et Tal Cual

En janvier, le journal Tal Cual publie un article d’opinion écrit par Carlos Genatios, ancien Ministre de Science et Technologie pendant la première période de Hugo Chávez, dans lequel il critique le chiffre astronomique de meurtres commis au Venezuela, dans l’article Genatios citait une phrase supposément exprimée par l’actuel Vice-président de la République Diosdado Cabello: “si vous n’aimez pas l’insécurité, partez”. La réaction de Diosdado Cabello, après avoir exigé la publication de la vidéo où se prouvait sa remarque, a étéde poursuivre légalement Carlos Genatios et tous les directeurs de Tal Cual pour “Diffamation aggravée”. Les accusés ont été interdits de sortie du pays et pourraient faire face à 4 ans de prison. En qualité d’accusés se trouvent non seulement Carlos Genatios et Teodoro Petkoff mais aussi tous les actionnaires du journal.

Ainsi s’exprimait Teodoro Petkoff après avoir connu l’accusation: “Au delà du fond de l’affaire, poursuivre pénalement les directeurs d’un journal à cause du contenu d’un article d’opinion souscrit par un écrivain collaborateur indépendant, constitue un fait inédit qui montre la censure à la liberté d’expression à laquelle nous sommes soumis au Venezuela, une politique d’état qui s’est manifesté pendant ce  régime totalitaire à travers divers mécanismes: fermeture et achat de médias, lois inconstitutionnelles de contrôle de l’information, pressions fiscales, manque de papier journal, amendes et harcèlements divers, et dans ce cas spécifique, la persécution pénale des directeurs du journal TalCual, totalement à la marge du délit supposément commis, avec des peines qui vont jusqu   à quatre ans de prison.”5

Dénonciation de Teodoro Petkoff sur Youtube (poner la pantallita de Youtube, por favor)

De son coté, Teodoro Petkoff a déposé une plainte devant le Procureur Général dans laquelle “il a fait remarquer que Cabello avait avait signé le pouvoir à son avocat 23 jours avant la parution de l’article supposément portant atteinte à la réputation du  président du Parlement.”Voici le résultat de sa dénonciation après plus d’un mois de son introduction devant le Procureur.

Teodoro et sa vision de  l’opposition

Dans l’entretien Paulo Paranagua pour Le MondeDans l’entretien que lui a fait Paulo Paranagua pour le Monde Petkoff parle de l’opposition et ses leaders: « L’opposition doit accumuler des forces, récupérer des positions perdues. Forcer une issue rapide relève du wishful thinking, c’est prendre ses désirs pour des réalités.  Leopoldo Lopez et Maria Corina Machado ont forcé la main à la Table de l’unité démocratique [MUD], mais l’unité de l’opposition ne s’est pas brisée. »

« Leopoldo a fait un effort louable pour s’implanter dans tout le pays, son parti Volonté populaire a des noyaux dans les 24 Etats. Il adopte un langage populaire, il veut toucher les chavistes, ce qui est indispensable pour faire évoluer le rapport de forces. Maria Corina est différente. Elle est de droite. Elle est courageuse, active, bagarreuse, et cela lui a donné une notoriété.

« Ce ne sont pas les dirigeants que j’aurais souhaité, mais je n’ai rien contre eux. Je regrette qu’il n’y en ait pas d’autres. Cela étant, Henrique Capriles Radonski reste le chef de l’opposition. Et des disputes éventuelles de leadership devront être réglées par des primaires, comme en 2012. L’avantage de tous ces dirigeants c’est qu’ils sont jeunes par rapport aux précédents, qui devront passer la main. »

 

Sources utilisées par InfoVzla pour la création de cet article…

The Economist(English)

http://www.economist.com/news/americas/21601275-crude-effort-silence-newspaper-editor-sums-up-countrys-plight-venezuelas-progressive

Blog Le Monde (Français)

http://america-latina.blog.lemonde.fr/2014/04/22/le-combat-de-teodoro-petkoff-pour-les-libertes-au-venezuela/

El País (Español)

http://elpais.com/elpais/2014/04/25/opinion/1398446412_014498.html

El Universal sobre la causa de Diosdado Cabello

http://www.eluniversal.com/nacional-y-politica/140306/jueza-dicta-medidas-cautelares-contra-directiva-de-tal-cual-y-genatios

Web de Ibsen Martínez (Español) Comunicado de Teodoro al conocerse la acusación de Diosdado.

http://ibsenmartinez.com/archives/2715

Letras Libres (Español) Artículo contextual que data del año 2008.

http://www.letraslibres.com/revista/arena-internacional/izquierdas-americanas-entrevista-con-teododo-petkoff?page=0%2C0

Recherche et édition des textes Oleñka Carrasco pour infovnzla

Foto: Leo Ramirez/AFP

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