“Bonjour. Je suis Teodoro Petkoff et je vous demande à peine une minute.”

Vie, militance et journalisme…

Teodoro Petkoff, 82 ans, d’origine juive, père bulgare et mère polonaise, est une figure de la gauche vénézuélienne. Intoxiqué par la révolution cubaine, il se joint depuis très jeune aux files du Parti Communiste et atteint  rapidement des postes au sein de la direction du parti. Il fait partie des mouvements étudiants de résistance  contre le régime du Marcos Pérez Jiménez.

Dans les années  60 il participe à la guérilla sous les ordres de Douglas Bravo. Il est incarcéré plusieurs fois, et à deux reprises il réussit à s’évader, une des fois en faisant du rappel depuis le septième étage d’un hôpital. Sur cet épisode de son histoire Teodoro reconnaît que « Politiquement, ce fut une erreur trop grave pour qu’on puisse la revendiquer au nom de quoi que ce soit. Une erreur gravissime qui coûta des vies, des années de prison, qui fit un tort énorme à la gauche. »

Ibsen Martínez, dramaturge vénézuélien, raconte dans son article Petkoff n’a pas peur du temps (El País, 29/04/2014): “Petkoff devint rapidement  icône et modèle pour le révisionnisme marxiste latino-américain quand, en 1971, de la main d’un groupe distingué d’ancien camarades, il s’est séparé du Parti Communiste pour fonder un nouveau parti, d’orientation modérée. A cette époque là, Gabriel García Márquez l’a financé en donnant le montant complet du  prix littéraire Rómulo Gallegos pour son oeuvre « Cent Ans de Solitude », destiné à l’achat d’une rotative pour le parti nouvellement fondé. Dans le processus, Petkoff a été critiqué par des figures importantes du  stalinisme international, tels le premier soviétique Leonid Brézhnev et le philosophe français Jean-Paul Sartre (…), Pendant le temps où ma génération était jeune elle a eu en Teodoro Petkoff le modèle à émuler qui a dirigé notre attention non vers le Mai ’68 français, mais vers le Printemps de Prague, nous poussant ainsi  vers une disposition de ‘centre-gauche libérale’ qui ne nous a pas abandonnée depuis.”

Le parti auquel fait référence Martínez est le Mouvement au Socialisme (MAS), avec lequel Petkoff se présenta à deux élections présidentielles en 1983 et 1988 et en 1990 il est nommé, par Rafael Caldera, Ministre de la Planification. En 1998, 27 ans après la fondation du MAS et en désaccord avec leur décision de soutenir la candidature présidentielle du lieutenant colonel Hugo Chávez Frías, Petkoff décide d’abandonner le MAS y de se consacrer au journalisme.

Il commence à travailler comme Directeur du journal du soir El Mundo. “Petkoff ne serait pas, cependant, la figure tutélaire d’un journal qui fait des (enroques de plantilla) rotations du personnel et suggère des changements de mise en page qui ne mènent à rien. Son esprit infatigable, provocateur et innovateur a emmené ce journal menacé non seulement à augmenter sa circulation de façon spectaculaire, mais aussi à ce qu’il devienne la pépinière de toute une génération de jeunes journalistes de recherche qui brillent actuellement dans la bataille du journalisme indépendant vénézuélien contre les agressions du régime de Maduro.” (Martínez, El País, 29/04/2014). Mais éditoriaux et titulaires n’ont pas tardé à se retrouver dans la ligne de mire du Président  Chávez qui finirait par exercer des pressions sur la Cadena Capriles jusqu’à obtenir la démission de Petkoff. Néanmoins, Teodoro ne s’éloigne pas du monde du journalisme. “Il a bougé ciel et terre et, avec l’aide de beaucoup de ses amis, peu de temps après apparaît « Tal Cual », important journal du matin qui circule encore actuellement au milieu des attaques les plus violentes contre la liberté d’expression que le Venezuela ait vu depuis cinquante ans.” (Martínez, El País, 29/04/2014).

Teodoro et le chavismo

Comme signalé par Paulo A. Paranagua dans son article Le Combat de Teodoro Petkoff pour la liberté au Venezuela (Le Monde 22/04/2014), Teodoro Petkoff dans son livre “Les Deux Gauches” (Las dos izquierdas, Alfadil 2005) a été un des premiers à identifier et différentier les deux gauches latino-américaines. “Une gauche archaïque, conservatrice, faussement radicale, autoritaire et messianique” représentée par Chávez et ses alliés bolivariens; opposée a une “gauche moderne” capable de combiner “le réformisme, la sensibilité sociale, le développement économique égalitaire et l’accroissement de la démocratie” au pouvoir au Chili, Brésil et Uruguay.2

Teodoro Petkoff “a été un critique un peu étrange pour le chavisme, car il n’a jamais été conservateur. Il a loué Chávez pour avoir placé la pauvreté et la question socialiste à la tête de sa liste de priorités. Mais il s’est longtemps inquieté par le virage de Chavez vers le totalitarisme”3. Il existe aujourd’hui ouvertement la volonté du gouvernement de Chavez de contrôler nos actes et même notre pensée4, et à cause de la polarisation d’un discours quotidien de haine qui peut emmener à une escalade de la violence.

Concernant le successeur de Chavez, Petkoff indique “Nicolás Maduro essaye d’affirmer son pouvoir en utilisant un langage agressif qui disqualifie l’opposition, car il essaye de reproduire le modèle du pouvoir chaviste. Mais Chávez avait un style en accord avec sa personnalité, tandis que Maduro est un imposteur, devenu président par hasard à cause de la maladie et mort de son mentor. Maduro n’a ni la force militaire de Chavez ni sa popularité. Pendant des années, il n’était qu’un bureaucrate. “Les Cubains n’ont pas imposé Maduro, ce genre de décision revenait à Chavez, il ne recevait pas d’ordres. Maduro a été choisi parce que il était le plus inoffensif, contrairement à Diosdado Cabello, le président de l’Assemblée nationale. Diosdado joue son propre jeu, mais se garde d’entrer en conflit ouvert avec Maduro, surtout maintenant. Pour défendre le chavisme ils doivent étouffer toute divergence. Leur rivalité larvée s’exprimera le moment venu. D’autant plus que l’érosion permanente de l’électorat chaviste se poursuivra.”(Le Monde, 22/04/2014)

La cause de Diosdado Cabello contre Teodoro et Tal Cual

En janvier, le journal Tal Cual publie un article d’opinion écrit par Carlos Genatios, ancien Ministre de Science et Technologie pendant la première période de Hugo Chávez, dans lequel il critique le chiffre astronomique de meurtres commis au Venezuela, dans l’article Genatios citait une phrase supposément exprimée par l’actuel Vice-président de la République Diosdado Cabello: “si vous n’aimez pas l’insécurité, partez”. La réaction de Diosdado Cabello, après avoir exigé la publication de la vidéo où se prouvait sa remarque, a étéde poursuivre légalement Carlos Genatios et tous les directeurs de Tal Cual pour “Diffamation aggravée”. Les accusés ont été interdits de sortie du pays et pourraient faire face à 4 ans de prison. En qualité d’accusés se trouvent non seulement Carlos Genatios et Teodoro Petkoff mais aussi tous les actionnaires du journal.

Ainsi s’exprimait Teodoro Petkoff après avoir connu l’accusation: “Au delà du fond de l’affaire, poursuivre pénalement les directeurs d’un journal à cause du contenu d’un article d’opinion souscrit par un écrivain collaborateur indépendant, constitue un fait inédit qui montre la censure à la liberté d’expression à laquelle nous sommes soumis au Venezuela, une politique d’état qui s’est manifesté pendant ce  régime totalitaire à travers divers mécanismes: fermeture et achat de médias, lois inconstitutionnelles de contrôle de l’information, pressions fiscales, manque de papier journal, amendes et harcèlements divers, et dans ce cas spécifique, la persécution pénale des directeurs du journal TalCual, totalement à la marge du délit supposément commis, avec des peines qui vont jusqu   à quatre ans de prison.”5

Dénonciation de Teodoro Petkoff sur Youtube (poner la pantallita de Youtube, por favor)

De son coté, Teodoro Petkoff a déposé une plainte devant le Procureur Général dans laquelle “il a fait remarquer que Cabello avait avait signé le pouvoir à son avocat 23 jours avant la parution de l’article supposément portant atteinte à la réputation du  président du Parlement.”Voici le résultat de sa dénonciation après plus d’un mois de son introduction devant le Procureur.

Teodoro et sa vision de  l’opposition

Dans l’entretien Paulo Paranagua pour Le MondeDans l’entretien que lui a fait Paulo Paranagua pour le Monde Petkoff parle de l’opposition et ses leaders: « L’opposition doit accumuler des forces, récupérer des positions perdues. Forcer une issue rapide relève du wishful thinking, c’est prendre ses désirs pour des réalités.  Leopoldo Lopez et Maria Corina Machado ont forcé la main à la Table de l’unité démocratique [MUD], mais l’unité de l’opposition ne s’est pas brisée. »

« Leopoldo a fait un effort louable pour s’implanter dans tout le pays, son parti Volonté populaire a des noyaux dans les 24 Etats. Il adopte un langage populaire, il veut toucher les chavistes, ce qui est indispensable pour faire évoluer le rapport de forces. Maria Corina est différente. Elle est de droite. Elle est courageuse, active, bagarreuse, et cela lui a donné une notoriété.

« Ce ne sont pas les dirigeants que j’aurais souhaité, mais je n’ai rien contre eux. Je regrette qu’il n’y en ait pas d’autres. Cela étant, Henrique Capriles Radonski reste le chef de l’opposition. Et des disputes éventuelles de leadership devront être réglées par des primaires, comme en 2012. L’avantage de tous ces dirigeants c’est qu’ils sont jeunes par rapport aux précédents, qui devront passer la main. »

 

Sources utilisées par InfoVzla pour la création de cet article…

The Economist(English)

http://www.economist.com/news/americas/21601275-crude-effort-silence-newspaper-editor-sums-up-countrys-plight-venezuelas-progressive

Blog Le Monde (Français)

http://america-latina.blog.lemonde.fr/2014/04/22/le-combat-de-teodoro-petkoff-pour-les-libertes-au-venezuela/

El País (Español)

http://elpais.com/elpais/2014/04/25/opinion/1398446412_014498.html

El Universal sobre la causa de Diosdado Cabello

http://www.eluniversal.com/nacional-y-politica/140306/jueza-dicta-medidas-cautelares-contra-directiva-de-tal-cual-y-genatios

Web de Ibsen Martínez (Español) Comunicado de Teodoro al conocerse la acusación de Diosdado.

http://ibsenmartinez.com/archives/2715

Letras Libres (Español) Artículo contextual que data del año 2008.

http://www.letraslibres.com/revista/arena-internacional/izquierdas-americanas-entrevista-con-teododo-petkoff?page=0%2C0

Recherche et édition des textes Oleñka Carrasco pour infovnzla

Foto: Leo Ramirez/AFP

@infoVnzla