La culture du gorillisme

Ils nous a aussi laissé une armée politisée, idéologisée et militante, une armée au pouvoir

Par Paulina Gamus*

El Pais – Mars 16, 2014

Pendant les années 50, quand  le dictateur Marcos Pérez Jiménez était au pouvoir au Vénézuéla, la Bande Billo’s Caracas Boys, l’orchestre de danse la plus populaire de tous les temps, chantait pour la première fois une guaracha (rythme musical cubain qui invitait à se contourner avec la sensualité que chacun pouvait se permettre) appelée « Les Cadets », en hommage à ceux qui avaient choisi d’embrasser une carrière militaire. Le refrain de cette guaracha disait, « …La marina tiene un barco, la aviación tiene un avión, los cadetes tienen sable y la guardia su cañón… » (« …La Marine a un bateau, l’Aviation a un avion, les cadets ont des sabres, et la Garde a son canon). À l’époque, les jeunes, mais aussi les plus âgés, dansaient et chantonnaient gaiement cette ode au monde militaire, sans réfléchir que, justement, l’homme qui gouvernait le pays avec un bras de fer  provenait de ce milieu et que les militaires abusaient de leur pouvoir. Il leur suffisait de mettre leurs casquettes en vue pour devenir intouchables. Il y avait des prisonniers politiques, des torturés, d’autres partaient en exile, mais surtout la peur régnait… Le régime avait des espions et on ne savait jamais si on allait être dénoncé. Quelques fois il n’était pas difficile de les remarquer tellement ils étaient naïfs. Par exemple, en 1955, dans ma classe de première année de fac de Droit à l’Université Centrale du Vénézuéla, il y avait un élève plus âgé que la moyenne qui portait des lunettes de soleil, chapeau et trench, toujours assis au dernier rang, qui ne passait jamais les examens, ne parlait à personne et dont le nom ne figurait pas sur la liste. Il ne faisait que sourire. Je suppose que cet espion n’a jamais pu faire un rapport, et seulement Dieu sait comment et pourquoi il était payé.

Cette dictature, qui avait vu le jour avec le coup d’État militaire donné au président Rómulo Gallegos en 1948, semblait inaltérable et inamovible malgré plusieurs manifestations des étudiants universitaires entre octobre et novembre 1957, qui ont conduit le gouvernement à fermer les universités. Cependant, le 1er janvier 1958, les fêtards de Caracas ont été surpris par le bruit des avions qui survolaient la ville. La maison familiale était tout près du QG de la police secrète (la Seguridad Nacional) où il y avait des prisonniers de conscience et des salles de torture. Avec mes frères nous sommes montés sur la terrasse, comme beaucoup de nos voisins, pour saluer avec des foulards et des drapeaux les avions qui venaient nous affranchir de la tyrannie. Cette tentative a échoué et le colonel à sa tête, Hugo Trejo, a été emprisonné. Quelques semaines plus tard, une brigade spécialisée a fait évacuer une partie de notre quartier – El Conde – pour désamorcer les bombes tombées loin de leur objectif, les QG de la police secrète. Heureusement elles n’avaient pas fait explosion.

Le 21 janvier de la même année une grève générale s’est déclenchée. La Seguridad Nacional a emprisonné un grand nombre de manifestants et le 23 janvier à l’aube, Pérez Jiménez a fuit le pays. Les militaires s’étaient solidarisés avec le peuple et l’avaient laissé tomber. Ce qu’il faut reconnaître, c’est que le dictateur n’a pas voulu offrir de résistance ce qui a permis d’éviter un bain de sang. Une fois la démocratie restaurée, quelques militaires ont voulu garder leurs privilèges, mais ils ont été balayés par des révoltes civiques. Plus tard, pendant le gouvernement de Rómulo Betantourt, premier président élu démocratiquement après dix années de dictature, deux tentatives de coup d’État se sont soldées par plusieurs morts et blessés.

Pendant les années 60, les Forces Armées vénézuéliennes ont réussi dans leur but d’anéantir les guérillas urbaines et rurales stimulées avec l’aide militaire et logistique de Fidel Castro. Ainsi, en respectant la Constitution, elles ont gagné le respect de la population. Mais à l’aube du 4 février 1992, les habitants de Caracas ont été encore une fois réveillés par les bruits des canons. Les voisins du palais présidentiel – la Casona – et du palais du gouvernement – Miraflores – ont été témoins des attaques. La famille du président Carlos Andrés Pérez, qui se trouvait dans le palais présidentiel, a été victime d’une attaque commandée par Miguel Rodríguez Torres, l’actuel Ministre des affaires intérieures, justice et paix. Ils y ont faillit mourir. Rodríguez Torres a plus tard reconnu que les faits du 4 février 1992 n’ont été qu’une « aventure ».

Pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec le réalisme magique, il n’est pas facile de comprendre l’échec d’un coup d’État pourtant planifié pendant une dizaine d’années. Il est encore moins facile de comprendre comment Hugo Chávez, le chef de cette aventure, qui s’était retranché au Cuartel de la Montaña – lieu où se trouve le mausolée qui contiendrait sa dépouille (aujourd’hui, au Vénézuéla rien ne peut être vérifié, tout est supposé, présumé ou probable) – n’ait pas tiré une seule fois, n’ait pas été blessé et soit devenu héros national. Une sorte de demi-dieu seulement comparable dans ses dimensions épiques à Simón Bolívar, le Libérateur de l’Amérique Latine.

Le 27 novembre de la même année a eu lieu une autre tentative de coup d’État. Cette fois-ci, aux commandes des amiraux et des généraux de l’Armée de l’air. Les avions ont survolé les cieux de la capitale. Le solde a été d’une centaine de morts. La bombe qui devait être larguée par les avions sur le Palais de Miraflores, était tombée beaucoup plus loin, et moi même, j’aurais pu en être victime car je me trouvais dans l’immeuble mitoyen. Mais cette bombe n’a jamais explosé heureusement, comme d’habitude. Dans ce pays où, soit par chance ou à cause de la traditionnelle corruption, les frégates ne naviguent pas, les canons ne tirent pas, les chars restent bloqués, les bombardiers n’atteignent pas leur cible et les bombes n’explosent pas, le lieutenant-colonel Hugo Chávez Frías a remporté les élections présidentielles par la majorité des voix d’un peuple qui croyait avoir besoin d’un militaire pour stopper la délinquance et la corruption. Maintenant, quinze ans plus tard, les résultats sautent aux yeux, Chávez est mort prématurément en nous laissant une économie nationale en faillite, où l’impunité est institutionnalisée. Un pays divisé par la haine, où des milliards de dollars ont été dilapidés sous forme de cadeaux à d’autres pays et de gaspillage en tout genre, un pays agenouillé aux pieds des frères Castro et devenu une colonie cubaine. Mais le pire c’est qu’il nous a laissés entre les mains de Nicolás Maduro, l’héritier de son pouvoir absolu, un être incapable, ignorant, déboussolé et chancelant, soumis aux ordres de La Havane.

Il nous a aussi laissé une armée politisée, idéologisée et militante, une armée au pouvoir et, fréquemment, enrichie de façon illicite. L’armée, qui pourtant devait se charger de sauvegarder le pays, est devenue une force dédiée à garantir la survie de la « révolution », le surnommé  « processus » ou « socialisme du siècle XXI ». Aujourd’hui, quand les étudiants et d’autres citoyens manifestent contre l’insécurité, les prisonniers politiques, la pénurie des denrées de base, l’humiliante présence cubaine et un long etcétéra, le résultat de cette aberration militariste se met en évidence. Ceux d’entre nous qui croyaient que les militaires de notre pays étaient différents des « gorilles » du sud, ces tortionnaires et assassins des dictatures chilienne, uruguayenne et argentinienne des années 70, n’auraient jamais pu croire qu’un militaire vénézuélien serait capable de vexer, brutaliser et torturer l’un de ses compatriotes. Aujourd’hui on voit comment les droits les plus élémentaires de l’homme sont bafoués. Le pire est de voir comment nos militaires perdent leur dignité en se pliant aux ordres des cubains. Ces militaires protègent aussi les groupes à caractère délictueux et paramilitaire, les mêmes que Nicolás Maduro incite à tirer sur la population, à piller et incendier les universités que lui-même n’a jamais fréquenté. Jadis, quand la Garde Nationale n’était pas bolivarienne, sa devise était l’honneur. Cet honneur qu’on ne retrouve plus ni dans ce corps militaire, ni dans aucun autre.

*Paulina Gamus avocate et analyste politique vénézuélienne

Source d’origine: Gamus, Paulina. “El Gorilismo como cultura.”  El Pais. Mars 16, 2014. Ediciones El Pais, S.L. Mars 19, 2014

http://internacional.elpais.com/internacional/2014/03/16/actualidad/1395001762_139340.html

Foto: Jesús Contreras

Traduit par: #InfoVnzla

@infoVnzl

One thought on “La culture du gorillisme”

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