Protestations au Venezuela : « Maduro n’en a pas pour plus de 8 semaines au pouvoir»

Par Klaus Ehringfeld

Spiegel Online –  03-03-2014

Des manifestants se battent avec la police, il y a des morts : l’escalade des protestations au Venezuela est similaire à celle en Ukraine. L’allemand Heinz Dieterich a été conseiller de l’ancien dirigent Hugo Chávez – selon lui, les jours du président Maduro sont comptés.

La personne

Le sociologue allemand Heinz Dieterich, de 71 ans, est professeur universitaire au Mexique et un sorte de chef idéologique de la gauche latino-américaine. Il a conseillé l’ancien président Hugo Chávez pendant de nombreuses années sur des sujets politiques et idéologiques. La phrase « socialisme du XXIème siècle » lui appartient.

SPIEGEL ONLINE : Monsieur Dieterich, on a l’impression qu’il se passe la même chose au Venezuela qu’en Ukraine…

Dieterich : Dans pratiquement tous les aspects, la scène est comparable avec la situation en Ukraine.

SPIEGEL ONLINE : Où se cachent les problèmes, exactement ?

Dieterich : La catastrophique situation économique, l’incapacité du gouvernement, les réformes forcées et les intérêts externes. En plus de la tentative de certains pays d’influencer la solution de la crise selon leurs propres intérêts.

SPIEGEL ONLINE : Que s’est-il passé pour que les gens se sentent prêts à risquer leur vie dans les rues ?

Dieterich: C’est un mélange de plusieurs facteurs : d’abord, l’incommensurable rhétorique de mort du président Nicolás Maduro, qui divise les Vénézuéliens en « fascistes » et « loyaux ». À cela il faut ajouter l’emprisonnement du leader de l’opposition Leopoldo López et les graves problèmes que traverse le pays, ce qui a permis aux secteurs radicaux de mobiliser les citoyens frustrés.

SPIEGEL ONLINE : À quel point le doute des gens sur le problème est-il profond ?

Dieterich : Objectivement, la menace de mort, et le problème de base qu’est la violente criminalité fait de Caracas, la capitale, l’une des villes dont le taux d’homicides est le plus élevé au monde. Qu’il manque du papier hygiénique et de la farine tourmente, mais ce n’est pas une menace de mort. Qu’en plus, à cause de la dévaluation du bolivar, les voyages à l’étranger soient compliqués, cela dérange beaucoup les gens. Tout cela ensemble mène à une profonde frustration. Et les réactions peu intelligentes du gouvernement, qui favorise la répression à la compréhension, font que tout cela bout jusqu’à l’extrême limite, ce que nous voyons aujourd’hui.

SPIEGEL ONLINE : Pourquoi cette effervescence surgit maintenant ?

Dieterich : Moi je l’ai déjà dit en décembre : Maduro devait donner des résultats immédiats pour que le mécontentement n’augmente pas dans le pays. Mais ce n’est pas arrivé. L’indolence du gouvernement est grande. Maduro a perdu pratiquement toute l’année qu’il a gouvernée depuis la mort de Chávez. Comme si cela ne suffisait pas, les intérêts externes entrent en ligne de compte. Les États-Unis, avec le président Barak Obama aux commandes, intensifient une politique extérieure expansive. Cela joue un rôle important dans la mise en marche du conflit.

SPIEGEL ONLINE : Quelles sont les mesures les plus urgentes que doit prendre le gouvernement ?

Dietereich : Il est indispensable que Maduro et ses ministres contrôlent l’inflation à 55%. Le désapprovisionnement doit se corriger et il faut faire face au problème de la violence. En plus, une réforme économique est nécessaire : le change du dollar et du bolivar doit s’ajuster aux niveaux réels. La monnaie doit fluctuer librement, sans que pour cela les recettes des états pauvres soient mises en danger.

SPIEGEL ONLINE : Tout cela est-il suffisant pour réparer le déchirement dans la société ?

Dieterich : Cette brèche a toujours été là. Même 15 ans de chavisme n’ont rien réparé. Mais désormais, même ceux qui ont voté pour Maduro sont dans la rue.

SPIEGEL ONLINE : Qui sont ceux qui descendent dans les rues vénézuéliennes ?

Dieterich : Je vois trois groupes : le noyau fort de la droite, qui est entraîné par des paramilitaires et sont armés. Ensuite, les étudiants : beaucoup d’entre eux croient qu’ils vivent dans une dictature qui ne possède pas de résistance objective. Et enfin beaucoup qui suivaient Chávez mais qui ne sont pas d’accord avec Maduro et qui s’opposent à l’aggravation des conditions de vie. Si Maduro continue comme maintenant, les deuxième et troisième groupes vont croître et le gouvernement devra renoncer au pouvoir, comme c’est arrivé en Ukraine.

SPIEGEL ONLINE: Est-il probable que le président soit renversé ?

Dieterich : On va continuer à discuter dans la ligne du chavisme sur une solution efficace à la crise sans que la solution soit vue comme un renversement. Pendant ce temps, il est clair pour tous que Maduro ne possède ni les concepts ni les instruments pour moderniser le pays. Il pensait, et pense toujours, qu’il suffit d’émuler son prédécesseur Hugo Chávez dans la rhétorique et la chorégraphie, et de maintenir le modèle économique.

SPIEGEL ONLINE: Donc les jours du président Maduro sont comptés ?

Dieterich : Il ne restera pas plus de 8 semaines au pouvoir et sera probablement supplanté par une junte de gouvernement. Pour les militaires et les gouverneurs chavistes, c’est clair que sa politique signifie indubitablement la fin de l’ère bolivarienne. La politique doit faire un virage à 180° ou tout sera perdu.

SPIEGEL ONLINE : Mais l’opposition n’a pas non-plus réellement de plan constructif…

Dieterich: Non. Ceux qui ont dit ça ne se sont pas engagés à faire ce qu’il y a de mieux pour tous. Ils veulent balayer le gouvernement. C’est antithétique et criminel, et les personnes dans la rue le paieront avec leur sang – mais l’armée ne le permettra pas.

SPIEGEL ONLINE : Telle est l’issue pour le Venezuela ?

Dieterich : Il y aura probablement une médiation sous la direction d’un organisme régional comme l’Organisation des États Américains ou l’Union des Nations Sud-américaines et des Caraïbes. Mais il est également possible qu’une grande coalition se forme, si entre temps, des voix modérées dans l’opposition apparaissent.

 Foto: REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

Source d’origine: Ehringfeld, Klaus. “Protesta en Venezuela: “A Maduro le quedan máximo 8 semanas más en el poder””. SPIEGEL ONLINE. . . <>.

Traduit par: #infoVnzla

@infoVnzl

One thought on “Protestations au Venezuela : « Maduro n’en a pas pour plus de 8 semaines au pouvoir»”

Comments are closed.