Pas de paradis!

Par Rosa Montero

El País – 25/02/2014

L’appui aveugle qu’une certaine gauche espagnole semble offrir au Venezuela est surprenant ; c’est comme s’ils transféraient envers ce pays les émotions candides qu’ils éprouvaient auparavant pour Cuba.

Le Venezuela a gagné une fortune grâce au pétrole, mais cette richesse n’est pas arrivée jusqu’aux gens. Dans les années quatre-vingt, après des années de prospérité pétrolière, les indicateurs de la pauvreté ont grimpé jusqu’à dévorer 80% de la population. En d’autres termes, l’oligarchie a agit de façon minable. De ses ignominies découlent tout ce bourbier. Le chavisme a donné des espoirs aux désespérés et a sans doute produit de bonnes choses. Mais cela ne justifie pas tout parce qu’il peut y avoir des avancées y compris sous les dictatures (Franco a bien créé la Sécurité Sociale) ; le danger, c’est le prix auquel tu finis par les payer. Au Venezuela, il y a beaucoup de problèmes : une pénurie sur les produits de première nécessité, une criminalité terrifiante… Les gens n’auraient-ils, par hasard, pas le droit de protester ? Il fait peur ce Gouvernement qui réprime les manifestations avec une telle férocité ; qui cause huit morts au moins et cent trente sept blessés ; qui bâillonne les journalistes ; qui utilise la rhétorique minable consistant à accuser les opposants d’être des agents impérialistes. « Le Gouvernement a ouvertement adopté les habituelles tactiques des régimes autoritaires et emprisonne les opposants, censure les médias et intimide la société civile », rapporte la prestigieuse Human Right Watch. Et ne parlons même pas de ce Ministère du Suprême Bonheur Social du Peuple qui semble sortir de Corée du Nord ! Et cet appui aveugle qu’une certaine gauche espagnole semble offrir au Venezuela, cela aussi ça me surprend ; c’est comme s’ils transféraient envers ce pays les émotions candides qu’ils éprouvaient auparavant pour Cuba. Ils le font en toute bonne foi, mais aussi, je le crains, avec la paresse intellectuelle et étique consistant à ne pas vouloir savoir. Avec le désir de trouver un nouveau paradis de gauche. Mais moi je pense, comme Gramsci, que la vérité est révolutionnaire ; et que les paradis du Suprême Bonheur Social n’existent pas sur terre. Lorsque quelqu’un en proclame un, cela finit toujours dans la souffrance et le sang.

Note de #infoVnzla : Depuis le 25 février 2014, date de cette tribune, la situation continue à se dégrader. Le 14 mars, Amnesty International dénombrait 25 morts, 318 blessé et 1322 arrestations…

 

Source : Rosa Montero .”Columna : Sin paraísos”. El País. Publié le 25/02/2014. Consultation le 18/03/2014. http://elpais.com/elpais/2014/02/24/opinion/1393245355_085096.html

 Foto: Rosa Montero/EFETraduit par: #infoVnzla

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